La disparition d’Orange Money Afrique a fait de Max it le nouveau centre de gravité numérique d’Orange Cameroun. Avec sa dernière mise à jour, l’application gagne en fonctionnalités et en maturité visuelle. Mais les problèmes signalés depuis son déploiement soulèvent une question essentielle : une Super App peut-elle inspirer confiance lorsqu’elle gère à la fois l’argent, les télécoms et les usages numériques du quotidien ?
Le changement est désormais consommé.
Orange Money Afrique a fermé. Max it a pris le relais.
Orange Cameroun l’annonce sans ambiguïté : les services Orange Money précédemment disponibles dans l’ancienne application sont désormais intégrés à Max it. L’opérateur présente ainsi cette dernière comme une plateforme réunissant les fonctions de My Orange, d’Orange Money Afrique et une série de nouveaux services.
Mais depuis cette migration, Max it n’est plus seulement une application de remplacement.
Elle devient progressivement l’interface à travers laquelle Orange veut organiser une grande partie de la vie numérique de ses clients.
Et c’est précisément là que les choses deviennent intéressantes.
Car la dernière version est objectivement plus riche.
Elle est également plus ambitieuse.
Mais elle n’est pas encore exempte de défauts.
Et lorsqu’une application concentre des opérations financières, la question des bugs cesse d’être un simple problème de confort.
Une application qui veut désormais tout centraliser
La philosophie de Max it tient en quelques mots : un seul point d’accès.
L’utilisateur peut désormais gérer ses lignes Orange, suivre ses consommations, acheter des forfaits, effectuer des transferts, payer des factures, accéder aux services Orange Money et explorer différents contenus et services numériques depuis la même application.
Orange y ajoute également une marketplace, du gaming, de la vidéo à la demande, de la musique, des informations, des offres commerciales et de la billetterie événementielle.
Le changement est donc plus profond qu’une simple fusion d’applications.
Orange transforme son application mobile en plateforme.
C’est une stratégie parfaitement cohérente avec l’évolution du marché mondial.
Mais elle pose une question que les opérateurs ont parfois tendance à sous-estimer :
À partir de quel moment une application qui veut tout faire devient-elle trop complexe pour faire parfaitement l’essentiel ?
Max it est-elle vraiment meilleure qu’Orange Money Afrique ?
Sur le papier, la réponse est plutôt oui.
L’ancien environnement Orange Money était essentiellement centré sur les services financiers.
Max it ajoute une couche télécom, commerciale et de divertissement.
L’utilisateur peut ainsi passer d’une opération financière à la gestion de sa ligne, puis à l’achat d’un produit ou à un service de divertissement sans changer d’application.
Orange présente d’ailleurs explicitement Max it comme une version améliorée de My Orange intégrant les services Orange Money et une Marketplace.
La logique est séduisante.
Mais elle comporte un paradoxe.
Une application plus complète n’est pas automatiquement une meilleure application.
La qualité d’une Super App ne se mesure pas au nombre de services affichés sur sa page d’accueil.
Elle se mesure à la facilité avec laquelle l’utilisateur accomplit une tâche précise.
Envoyer 5 000 FCFA.
Payer une facture.
Acheter un forfait.
Consulter son solde.
Faire un retrait.
Ce sont ces opérations qui construisent ou détruisent la confiance.
Une mise à jour qui change réellement l’expérience
La version publiée le 12 août 2026 apporte plusieurs nouveautés concrètes.
La première est l’annulation d’une transaction, avec la possibilité de demander l’annulation d’un transfert effectué par erreur dans un délai annoncé de 24 heures.
La seconde est Scan & Pay, qui permet de payer un marchand, transférer de l’argent ou effectuer un retrait en utilisant un QR Code ou en saisissant manuellement les informations.
La troisième concerne la navigation : Orange indique avoir ajouté un bouton retour afin de faciliter les déplacements dans l’application.
Ces évolutions ne sont pas anecdotiques.
L’annulation d’un transfert répond à une erreur très concrète du Mobile Money.
Le QR Code peut réduire la saisie manuelle.
Et le bouton retour répond à une difficulté classique des applications devenues complexes : savoir où l’on se trouve et comment revenir en arrière.
Mais ces fonctions devront être jugées sur leur utilisation réelle, pas seulement sur leur présence dans les notes de version.
Le véritable test : les bugs
C’est ici que la nouvelle Max it rencontre sa première véritable épreuve.
La fiche Google Play affiche actuellement une note de 3,7/5, avec environ 47 800 avis et plus de 5 millions de téléchargements.
Ces chiffres ne constituent évidemment pas un audit technique.
Ils ne permettent pas de dire que les bugs touchent une majorité d’utilisateurs.
Ils ne permettent pas non plus d’établir une relation directe entre chaque problème signalé et la dernière version.
Cependant, les avis publiés immédiatement après la mise à jour présentent un signal suffisamment intéressant pour être observé.
Le 22 août, un utilisateur décrit la nouvelle version comme inachevée et affirme rencontrer des erreurs empêchant certaines opérations.
Le 23 août, un autre utilisateur signale des problèmes récurrents lorsqu’il tente d’effectuer un retrait d’argent.
Le plus important n’est toutefois pas uniquement ce que disent ces utilisateurs.
C’est la réponse d’Orange.
Orange reconnaît lui-même des problèmes depuis la mise à jour
Le 24 août, l’équipe Max it Cameroun répond à l’un des utilisateurs :
« Nous sommes désolés pour les erreurs système et les opérations devenues impossibles depuis la mise à jour. »
Orange précise que les retours concernant la stabilité de la version actuelle ont été transmis aux équipes chargées des corrections.
Cette réponse doit être correctement interprétée.
Elle ne signifie pas que Max it est globalement défaillante.
Elle ne permet pas de mesurer l’ampleur du phénomène.
Mais elle confirme au minimum que des problèmes de stabilité liés à la version actuelle ont été signalés et reconnus par l’opérateur.
Pour une application de divertissement, cela serait surtout irritant.
Pour une application qui centralise un portefeuille mobile, c’est autrement plus sérieux.
Quand l’application gère de l’argent, le bug change de nature
C’est probablement le point le plus important de ce dossier.
Une application bancaire ou de Mobile Money n’est pas évaluée selon les mêmes critères qu’une application musicale.
Si Spotify plante, l’utilisateur attend quelques minutes.
Si une plateforme vidéo rencontre un problème, il peut revenir plus tard.
Mais lorsqu’un utilisateur veut retirer son argent ou effectuer un transfert, le facteur temps peut devenir déterminant.
C’est pourquoi la fiabilité doit prendre le dessus sur l’accumulation des fonctionnalités.
Orange a désormais un défi particulièrement délicat :
faire évoluer Max it sans fragiliser les fonctions financières qui constituent son socle.
Autrement dit, chaque nouvelle fonctionnalité doit apporter davantage de valeur que de complexité.
Max it : Orange a réussi la migration. Il lui reste à réussir la confiance.
La transformation de Max it en Super App ouvre une nouvelle étape pour Orange Cameroun. Cependant, la richesse fonctionnelle ne suffira pas : la stabilité, la simplicité et la fiabilité des opérations financières seront déterminantes pour installer durablement la confiance.
Une plateforme unique pour les télécoms, le paiement et les services numériques.
Corriger les problèmes de stabilité sans alourdir davantage l’expérience.
Rendre chaque transaction simple, lisible et surtout fiable.
« Le plus difficile n’est pas de fusionner deux applications. Le plus difficile est de faire oublier qu’elles étaient deux. »
L’autre problème : la nouvelle interface divise déjà
Les critiques ne concernent d’ailleurs pas uniquement les bugs.
Une utilisatrice, dans un avis publié le 18 août, estime que la nouvelle interface est trop chargée, que certains éléments se ressemblent et qu’ils peuvent créer de la confusion lors des transactions. Elle critique également la place accordée à l’intelligence artificielle dans cette version.
Là encore, Orange ne rejette pas la critique.
L’équipe Max it répond le 24 août que ces remarques ont été prises en compte et transmises aux équipes pour optimisation.
Ce dialogue est plutôt positif.
Mais il révèle quelque chose de plus profond.
Orange a peut-être un problème de hiérarchisation.
Dans une Super App, chaque élément de l’interface doit avoir une raison d’être.
L’utilisateur ne doit jamais avoir à se demander :
« Où dois-je appuyer ? »
Et encore moins :
« Est-ce bien ici que je dois valider cette transaction ? »
L’intelligence artificielle : innovation utile ou couche supplémentaire ?
La critique d’une utilisatrice concernant la place de l’IA mérite également d’être regardée avec recul.
L’intelligence artificielle est devenue un argument incontournable dans les applications grand public.
Mais toutes les intégrations d’IA ne produisent pas nécessairement une meilleure expérience.
Dans une application financière, la question devrait être simple :
l’IA aide-t-elle réellement l’utilisateur à accomplir sa tâche plus rapidement et plus sûrement ?
Si oui, elle apporte une valeur.
Si elle ajoute simplement une couche visuelle ou conversationnelle à une interface déjà dense, elle peut au contraire augmenter la complexité.
C’est une distinction importante pour Orange.
Une Super App n’a pas besoin d’être impressionnante. Elle a besoin d’être utile.
Orange doit maintenant résister à la tentation du « toujours plus »
Le danger pour Max it est désormais assez clair.
L’opérateur dispose d’une plateforme capable d’accueillir de nombreux services.
Il pourrait donc être tenté d’en ajouter continuellement.
Plus de contenus.
Plus de partenaires.
Plus de commerce.
Plus d’IA.
Plus de mini-applications.
Plus de fonctionnalités financières.
Mais l’histoire des Super Apps montre une difficulté fondamentale :
la croissance fonctionnelle peut finir par dégrader la simplicité qui avait fait leur succès.
Max it doit donc trouver son propre équilibre.
Et cet équilibre sera particulièrement important au Cameroun.
Une Super App camerounaise doit composer avec le terrain
Le marché camerounais n’est pas celui d’une économie asiatique ultra-connectée.
Une partie des utilisateurs dispose encore de smartphones modestes.
La qualité des réseaux varie selon les zones.
La consommation de data reste une préoccupation.
Et l’USSD conserve une place importante dans les usages financiers.
Dans ce contexte, une application très riche doit aussi être techniquement raisonnable.
Elle doit démarrer rapidement.
Elle doit rester fluide.
Elle doit éviter de consommer inutilement des ressources.
Et surtout, elle doit offrir une expérience cohérente même lorsque les conditions réseau sont loin d’être idéales.
C’est peut-être l’un des tests les plus importants que Max it devra passer.
Car Orange ne construit pas seulement une application
Derrière Max it se trouve une ambition beaucoup plus grande.
En février 2024, Orange Middle East and Africa annonçait un partenariat avec Tencent Cloud pour développer une plateforme ouverte permettant d’intégrer des mini-applications dans Max it.
Le projet s’appuie notamment sur la technologie Tencent Cloud Mini Program Platform.
L’idée est claire :
Max it doit progressivement devenir un écosystème dans lequel des partenaires peuvent eux-mêmes proposer des services.
C’est une évolution majeure.
L’application ne serait alors plus seulement un produit Orange.
Elle deviendrait une infrastructure numérique Orange.
Et c’est précisément là que le projet devient comparable, dans sa philosophie, aux grandes Super Apps internationales.
Mais une telle ambition ne peut fonctionner que si le socle est solide.
Le paradoxe Max it
Orange se retrouve donc face à un paradoxe.
Plus Max it devient importante, plus elle doit être simple.
Plus elle devient centrale, plus elle doit être fiable.
Plus elle accueille de services, plus son interface doit être lisible.
Et surtout :
plus elle devient financière, moins Orange peut tolérer les approximations.
La Super App ne peut pas être simplement un endroit où Orange empile ses services.
Elle doit devenir un environnement dans lequel l’utilisateur comprend immédiatement quoi faire.
Et sur ce terrain, Orange possède déjà un avantage
Il serait cependant injuste de présenter Max it uniquement sous l’angle de ses défauts.
Orange dispose d’un écosystème financier déjà mature.
Orange Money continue d’évoluer au Cameroun avec de nouveaux services, dont la OM Mastercard, les transferts internationaux et différentes solutions financières accessibles depuis Max it.
Orange annonce également depuis mars 2026 une tarification de 0 % sur les transferts et 1 % sur les retraits via #150# et Max it, selon les conditions de l’opérateur.
Cette base constitue un avantage important.
Orange n’a donc pas besoin de convaincre les Camerounais d’utiliser le Mobile Money.
Il doit surtout les convaincre de faire confiance à Max it comme nouvelle interface.
C’est différent.
Et potentiellement beaucoup plus facile.

Le vrai enjeu n’est plus l’adoption d’Orange Money
C’est probablement la conclusion stratégique la plus intéressante.
Pendant des années, la bataille portait sur une question relativement simple :
qui possède le meilleur portefeuille mobile ?
Aujourd’hui, le terrain évolue.
Orange veut que le portefeuille mobile devienne le centre d’un écosystème.
Le client ne vient plus seulement pour envoyer de l’argent.
Il vient pour gérer sa ligne.
Acheter un forfait.
Payer.
Commander.
Regarder.
Écouter.
Réserver.
Et peut-être demain utiliser les services de partenaires directement dans Max it.
La bataille n’est donc plus seulement financière.
Elle devient une bataille pour le temps numérique de l’utilisateur.
Max it peut-elle gagner cette bataille ?
Oui.
Mais pas automatiquement.
Orange possède plusieurs cartes importantes :
- une base massive d’utilisateurs ;
- Orange Money ;
- un réseau de distribution ;
- une marque fortement implantée ;
- une marketplace ;
- une application désormais capable de centraliser de nombreux services ;
- une stratégie de plateforme ouverte.
Mais son principal risque est également évident :
faire de Max it une application trop ambitieuse avant de la rendre parfaitement maîtrisée.
La dernière mise à jour illustre précisément cette tension.
Elle apporte de vraies améliorations.
Mais elle provoque aussi des critiques sur l’interface et la stabilité, suffisamment nombreuses pour qu’Orange y réponde publiquement.
Le verdict KAMERANDROID
Après avoir suivi cette transformation sur quatre volets, notre conclusion est volontairement nuancée.
Orange a pris la bonne direction stratégique.
La disparition d’Orange Money Afrique n’est pas un simple abandon de produit.
Elle participe à une stratégie de consolidation autour de Max it, désormais présentée comme l’application réunissant My Orange, Orange Money et plusieurs services supplémentaires.
La nouvelle version va plus loin.
Elle enrichit les usages.
Elle améliore certains parcours.
Elle introduit l’annulation de transaction et Scan & Pay.
Elle élargit l’application à la marketplace et au divertissement.
Mais Orange n’a pas encore gagné la bataille de l’expérience.
Les problèmes de stabilité signalés après la mise à jour constituent un avertissement.
La surcharge perçue par certains utilisateurs en est un autre.
Et la réponse d’Orange montre que l’opérateur en a conscience.
Notre verdict tient donc en une phrase :
Max it est aujourd’hui une Super App prometteuse, mais son véritable examen commence maintenant.
Parce que le plus difficile n’est pas de fusionner deux applications.
Le plus difficile est de faire oublier qu’elles étaient deux.
Le prochain objectif d’Orange devrait être la simplicité
Pour les prochains mois, Orange devrait peut-être résister à la course au nombre de fonctionnalités.
La priorité devrait être ailleurs.
Corriger.
Alléger.
Clarifier.
Accélérer.
Fiabiliser.
Puis seulement ajouter.
Une bonne Super App ne donne pas l’impression d’utiliser cinquante services.
Elle donne l’impression que tout est au même endroit.
C’est une différence fondamentale.
Et c’est précisément elle qui déterminera le succès de Max it.
Une nouvelle porte d’entrée pour l’économie numérique camerounaise ?
C’est finalement la question qui dépasse Orange.
Si Max it parvient à devenir une plateforme stable, simple et largement utilisée, son impact pourrait dépasser les services de l’opérateur.
Une marketplace intégrée.
Des paiements.
Des services financiers.
Des partenaires.
Des contenus.
Des mini-applications.
Un tel environnement pourrait progressivement devenir une nouvelle couche d’accès à l’économie numérique camerounaise.
Mais cette perspective dépend d’une condition :
la confiance.
Et la confiance ne se construit pas avec des slogans.
Elle se construit lorsqu’un utilisateur appuie sur « envoyer », « payer » ou « retirer » et sait que le système fera exactement ce qu’il lui demande.
FIN DU DOSSIER KAMERANDROID
La disparition d’Orange Money Afrique aura finalement été moins une fin qu’un changement de paradigme.
Orange ne veut plus seulement proposer un portefeuille mobile.
Il veut construire un environnement numérique autour de l’utilisateur.
Max it en est aujourd’hui la pièce maîtresse.
La stratégie est ambitieuse.
Le potentiel est réel.
Mais l’équation reste ouverte.
Orange devra désormais démontrer qu’une application peut être à la fois riche, simple et fiable.
C’est cette capacité — et non le nombre de fonctionnalités affichées — qui dira si Max it deviendra réellement la Super App de référence au Cameroun.
Pour KAMERANDROID, le dossier peut donc se résumer ainsi :
Orange a réussi la migration. Il lui reste à réussir la confiance.
Et cette deuxième bataille sera probablement beaucoup plus difficile que la première.






















































