Il y a encore deux ans, MTN célébrait un cap symbolique : Ayoba revendiquait plus de 35 millions d’utilisateurs actifs mensuels et nourrissait l’ambition de devenir la première véritable « super app » africaine. Aujourd’hui, l’histoire est tout autre.
Depuis le 20 mars 2026, l’application a disparu du Google Play Store et de l’Apple App Store, avant l’arrêt définitif de ses serveurs quelques jours plus tard.
Comment une application portée par le plus grand groupe télécom d’Afrique a-t-elle pu disparaître aussi rapidement ?
Une fermeture décidée par MTN
Contrairement à certaines applications retirées pour non-respect des règles de Google, Ayoba n’a pas été bannie du Play Store. Son retrait résulte d’une décision de MTN.
Le groupe a informé ses utilisateurs via une notification dans l’application, leur laissant un délai pour sauvegarder leurs données avant la fermeture du service. MTN a ensuite confirmé cette décision auprès de plusieurs médias spécialisés, expliquant vouloir simplifier son écosystème numérique afin de concentrer ses investissements sur des activités jugées plus stratégiques.
Ayoba n’était pas qu’une messagerie : elle a aussi accompagné la numérisation de l’éducation au Cameroun
Si Ayoba est surtout connue pour ses fonctions de messagerie, l’application a également joué un rôle inattendu dans la transformation numérique des services publics camerounais. En 2025, MTN Cameroon et l’Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC) ont noué un partenariat permettant aux candidats de consulter directement, depuis Ayoba, les résultats du Probatoire et du Baccalauréat.
Cette initiative s’inscrivait dans la volonté de moderniser l’accès aux résultats des examens officiels. Depuis un smartphone, les candidats pouvaient renseigner leur matricule et obtenir leurs résultats sans passer par les files d’attente ou les services SMS traditionnels.
Avec la disparition d’Ayoba, c’est aussi l’un des premiers services numériques éducatifs intégrés à une application de messagerie au Cameroun qui disparaît. Une page se tourne, même si la publication des résultats continue désormais à travers les canaux officiels mis en place par l’Office du Baccalauréat.
Le rêve d’une super app africaine s’est heurté à la réalité
Lancée en 2019, Ayoba ne se limitait pas à une messagerie. L’application regroupait des appels, des chaînes d’information, des Mini Apps, des contenus multimédias et, dans certains pays, des services financiers.
Sa croissance a été rapide, notamment grâce au zero-rating, qui permettait aux abonnés MTN d’utiliser l’application sans consommer leur forfait Internet. Mais cette dynamique n’a pas suffi.
Face à WhatsApp, déjà installé sur des centaines de millions de smartphones, Ayoba n’a jamais réussi à créer le même effet réseau. Même avec des fonctionnalités adaptées au marché africain, convaincre les utilisateurs de quitter une plateforme où se trouvent déjà leurs proches est un défi particulièrement difficile.
Pourquoi MTN a changé de cap
La fermeture d’Ayoba s’inscrit dans la stratégie Ambition 2030 de MTN. L’opérateur ne renonce pas au numérique, mais réoriente ses investissements vers les secteurs les plus rentables.
Les résultats financiers de 2025 illustrent ce choix : les revenus de l’activité Fintech ont progressé de 23,2 %, tandis que le volume des transactions traitées via les services financiers du groupe a atteint 500,3 milliards de dollars. Dans ce contexte, investir davantage dans MoMo (Mobile Money) et les services financiers numériques est apparu plus stratégique que de continuer à développer une messagerie confrontée à une concurrence mondiale.
Autrement dit, MTN n’a pas simplement fermé une application : le groupe a choisi de concentrer ses ressources là où la croissance est la plus forte.

Une leçon pour l’écosystème numérique africain
La disparition d’Ayoba dépasse le simple retrait d’une application Android. Elle rappelle qu’à l’ère des plateformes mondiales, disposer d’une technologie performante et de millions d’utilisateurs ne garantit pas le succès sur le long terme.
Avec cette décision, MTN tourne la page de son ambition de créer le « WhatsApp africain » et assume un nouveau positionnement : devenir avant tout un acteur majeur de la connectivité et de la finance numérique en Afrique.





























































