Le contraste est saisissant. Alors que l’opérateur public camerounais CAMTEL accélère ses recrutements et ses programmes de formation dans les métiers du numérique, les critiques sur la qualité de son réseau continuent d’alimenter le débat dans l’écosystème télécom national.
Dernier exemple en date : l’intégration progressive de 350 jeunes professionnels appelés à renforcer les équipes techniques de l’entreprise. Une initiative qui s’inscrit dans une stratégie de transformation numérique ambitieuse, mais qui intervient dans un contexte où la performance du réseau reste régulièrement remise en question.
Dans un secteur télécom camerounais qui a généré plus de 1 000 milliards de FCFA de revenus en 2024, l’enjeu dépasse désormais la simple modernisation interne : il s’agit de déterminer si CAMTEL peut réellement redevenir l’un des moteurs du numérique national et de l’essor de l’internet au Cameroun.
de fibre optique déployés avec un objectif de 16 000 km pour renforcer la dorsale nationale.
recrutés et formés en 2024 dont 75 ingénieurs réseaux et télécoms.
en formation annoncée en 2026 pour soutenir la mise à niveau des infrastructures.
de parts de marché mobile pour CAMTEL, loin derrière MTN et Orange.
de revenus générés par le secteur télécom en 2024.
350 jeunes talents pour moderniser les infrastructures télécoms
Le programme de recrutement engagé par CAMTEL vise à injecter de nouvelles compétences techniques dans l’entreprise. Parmi ces recrutements figurent notamment 75 ingénieurs récemment intégrés, spécialisés dans plusieurs domaines clés : ingénierie réseau, intégration informatique, solutions satellitaires ou encore développement logiciel.
Ces nouvelles recrues s’inscrivent dans un plan global de 350 recrutements lancé en 2024, auquel pourraient s’ajouter 300 autres postes supplémentaires en 2025, selon plusieurs médias économiques. Cette dynamique se poursuit avec une nouvelle cohorte d’environ 350 jeunes formés en 2026 dans les métiers du numérique et des télécommunications.
L’objectif est clair : renouveler les compétences internes pour accompagner l’évolution des infrastructures télécoms du pays. L’entreprise anticipe en effet plus de 600 départs à la retraite sur les cinq prochaines années, ce qui impose un renouvellement accéléré de ses ressources humaines.
Dans un secteur où les technologies évoluent rapidement — fibre optique, data centers, connectivité internationale — la montée en compétence des équipes techniques devient un facteur clé de compétitivité.
Le rôle stratégique du backbone national
Si cette politique de recrutement est stratégique, c’est aussi parce que CAMTEL occupe une position unique dans l’écosystème numérique camerounais. L’entreprise publique gère en effet le backbone national de fibre optique, une infrastructure critique qui s’étend sur environ 12 000 kilomètres et relie la quasi-totalité des chefs-lieux de région du pays.
Cette dorsale numérique transporte une grande partie du trafic internet au Cameroun. Les opérateurs privés — notamment MTN et Orange — s’appuient également sur cette infrastructure pour fournir leurs services à leurs propres abonnés. Autrement dit, lorsque la fibre CAMTEL subit une perturbation, l’impact peut se répercuter sur l’ensemble de l’écosystème télécom.
Cette dépendance explique pourquoi la mise à niveau des équipes techniques et des infrastructures constitue un enjeu central pour la stabilité du réseau national.
Un marché dominé par les opérateurs privés
Malgré ce rôle stratégique, CAMTEL reste confronté à une concurrence particulièrement intense. Sur le marché mobile, l’opérateur public ne représente qu’environ 2,7 % des parts de marché, loin derrière les leaders du secteur que sont MTN et Orange, qui dominent largement les services mobiles et l’internet grand public.
Ce chiffre illustre le paradoxe de CAMTEL : un acteur central des infrastructures télécoms nationales, mais encore marginal sur le marché mobile grand public. L’entreprise doit ainsi simultanément assumer son rôle d’opérateur public stratégique tout en renforçant sa compétitivité face à des acteurs privés disposant de moyens marketing et technologiques importants.
Des critiques récurrentes sur la qualité du réseau
La modernisation engagée par CAMTEL intervient également dans un climat de critiques persistantes concernant la qualité du réseau. Plusieurs analyses du secteur évoquent un décalage entre les investissements réalisés dans les infrastructures et la perception de la qualité de service par les utilisateurs.
Des audits techniques et des observations du régulateur ont notamment pointé, par le passé, certaines installations jugées insuffisamment optimisées, ainsi que des perturbations récurrentes sur le réseau fibre. Ces incidents peuvent avoir des effets en cascade, puisque les opérateurs qui louent la fibre CAMTEL peuvent eux aussi subir des perturbations lorsque la dorsale nationale rencontre des défaillances.
Pour de nombreux observateurs, la question dépasse donc la simple performance d’une entreprise : elle concerne la résilience de l’ensemble de l’infrastructure numérique du pays.
CAMTEL face à un tournant stratégique
Dans ce contexte, le programme de recrutement et de formation de jeunes talents apparaît comme une tentative de repositionnement stratégique. L’entreprise affiche clairement son ambition de jouer un rôle central dans la transformation numérique du Cameroun et de la sous-région.
Lors de la Journée CAMTEL de la diplomatie et de l’intégration sous-régionale, Judith Yah Sunday, directrice générale de CAMTEL, a ainsi déclaré :
« Je n’ai point de doutes qu’en conjuguant nos efforts, nous parviendrons à relever le défi du développement socio-économique des différents pays de la sous-région en promouvant de manière adéquate le levier du numérique »
déclaration de Judith Yah Sunday lors de la Journée CAMTEL de la diplomatie et de l’intégration sous-régionale.
Plusieurs projets structurants sont d’ailleurs en cours ou en préparation : extension du backbone national avec plusieurs milliers de kilomètres supplémentaires, intégration de nouveaux tronçons de fibre issus de partenariats, développement de data centers et renforcement des interconnexions sous-régionales en Afrique centrale.
Pour les utilisateurs et les entreprises, les indicateurs à surveiller seront toutefois très concrets : la réduction des coupures de fibre optique, l’amélioration du temps de rétablissement des incidents et la qualité globale des services internet.
Dans un marché télécom devenu stratégique pour l’économie numérique, la capacité de CAMTEL à transformer ses ambitions en performances concrètes pourrait bien déterminer le futur visage de l’internet au Cameroun dans les prochaines années.
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