Au SAGO 2026, le Directeur général des Douanes a clarifié une question qui alimente les débats depuis plusieurs mois. Si les importateurs sont désormais les principaux redevables des taxes sur les smartphones, les conséquences de cette réforme sur les prix restent encore incertaines.
Pendant plusieurs mois, une même interrogation a animé les discussions sur les réseaux sociaux et dans les marchés spécialisés : les consommateurs camerounais devront-ils eux-mêmes payer les taxes liées au dédouanement des téléphones portables ?
À l’occasion d’une conférence organisée le 12 juin 2026 à l’esplanade de l’Hôtel de Ville de Yaoundé, dans le cadre du Salon de l’Action Gouvernementale (SAGO 2026), le Directeur général des Douanes, Fongod Edwin Nuvaga, a tenu à dissiper les nombreuses incompréhensions entourant le nouveau système.
« C’est l’importateur qui paye le droit de taxe sur le téléphone et non le consommateur. »
Cette déclaration intervient alors que la réforme du dédouanement électronique des terminaux mobiles continue de susciter interrogations et débats au sein de l’opinion publique.
Pourquoi cette clarification était-elle devenue nécessaire ?
Depuis le lancement du système de dédouanement électronique, de nombreuses rumeurs ont circulé.
Certains utilisateurs craignaient notamment l’apparition d’une nouvelle taxe sur les smartphones, tandis que d’autres redoutaient un blocage automatique des appareils déjà en circulation.
La sortie du Directeur général des Douanes vise ainsi à répondre officiellement à ces préoccupations.
Cependant, si la charge fiscale incombe juridiquement aux importateurs, ses répercussions économiques pourraient être plus complexes.
Ce n’est pas une nouvelle taxe
C’est sans doute l’un des aspects les plus mal compris de la réforme.
Contrairement à certaines idées reçues, les autorités assurent qu’il ne s’agit ni d’une nouvelle taxe ni d’une augmentation des droits de douane.
Le taux global applicable aux téléphones portables demeure proche de 33 %.
L’objectif poursuivi par l’administration consiste surtout à moderniser le mode de collecte et à élargir l’assiette fiscale afin de limiter les pertes liées aux importations irrégulières.
Autrement dit, le gouvernement cherche davantage à améliorer le recouvrement qu’à instaurer un nouvel impôt.
Comment les recettes sur les téléphones se sont progressivement effondrées
Derrière cette réforme se cache un enjeu économique majeur.
Au fil des années, les circuits informels et les importations non déclarées ont considérablement réduit les recettes générées par les téléphones portables.
Alors que le marché camerounais absorbe plusieurs millions de terminaux chaque année, une part importante de ces appareils échappait jusque-là aux procédures douanières classiques.
Face à cette situation, les autorités espèrent désormais mobiliser près de 25 milliards de FCFA par an grâce à une meilleure traçabilité des smartphones.
Plus de 22 000 appareils déjà régularisés
Le système n’est plus au stade expérimental.
Quelques semaines après son lancement, plus de 22 000 téléphones avaient déjà été dédouanés, preuve que le mécanisme est progressivement adopté par les différents acteurs.
Parallèlement, près de 700 000 terminaux non déclarés ont été identifiés dans le pays.
Quel rôle joue l’IMEI dans ce nouveau dispositif ?
Au cœur du système se trouve le numéro IMEI (International Mobile Equipment Identity), l’identifiant unique attribué à chaque téléphone.
Grâce à ce numéro, les autorités peuvent vérifier si un smartphone a été régulièrement importé et enregistré dans les bases de données douanières.
Cette technologie doit également contribuer à lutter contre les téléphones clonés, contrefaits ou introduits de manière frauduleuse sur le territoire.
Trois mesures pour limiter les perturbations
Conscientes des inquiétudes suscitées par cette réforme, les autorités ont prévu plusieurs mécanismes d’accompagnement.
Une amnistie pour les anciens appareils
Les téléphones déjà présents sur le territoire avant l’entrée en vigueur du dispositif bénéficient d’une présomption de conformité.
Des procédures adaptées aux différents profils
Les importateurs professionnels disposent d’un mécanisme spécifique, tandis qu’une procédure simplifiée est prévue pour les particuliers et les voyageurs.
Une régularisation entièrement numérique
Le paiement des droits peut être effectué à distance, grâce à des solutions électroniques destinées à réduire les contraintes administratives.
Les consommateurs sont-ils réellement épargnés ?
Sur le plan juridique, la réponse de la Direction générale des Douanes est claire : les taxes sont supportées par les importateurs.
Sur le plan économique, la réalité pourrait être plus nuancée.
En effet, rien n’empêche les distributeurs et les grossistes d’intégrer ces coûts dans leurs prix de vente.
Ainsi, même si le consommateur ne paie pas directement les taxes, il pourrait en ressentir indirectement les effets.
Quel impact sur les prix des smartphones ?
Pour l’heure, il est encore difficile de mesurer les conséquences réelles de la réforme.
Certains acteurs du marché évoquent déjà des tensions sur les prix, tandis que d’autres estiment que la concurrence pourrait pousser les importateurs à absorber une partie des coûts afin de préserver leur compétitivité.
Les prochains mois permettront de déterminer si cette réforme entraînera ou non une hausse durable des prix des smartphones au Cameroun.
Ce qu’il faut retenir
Au-delà des débats autour des téléphones non dédouanés, le message délivré par la Direction générale des Douanes est sans ambiguïté : la charge fiscale liée aux smartphones repose désormais sur les importateurs.
Toutefois, la véritable inconnue concerne désormais l’évolution des prix sur le marché.
Si les autorités assurent que les consommateurs ne sont pas directement concernés, les prochains mois permettront de mesurer dans quelle mesure les distributeurs absorberont ces coûts ou les répercuteront sur les prix des appareils.
Une chose est sûre : avec la généralisation du suivi des terminaux via l’IMEI, le marché camerounais des smartphones entre dans une nouvelle phase où fiscalité, traçabilité et numérique seront plus étroitement liés que jamais.
Pour aller plus loin :
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