La Chine a décidé de se passer des géants américains de l’informatique et de la téléphonie, en développant son propre système d’exploitation, HarmonyOs, qui vise à concurrencer Windows, ios et Android. Ce projet ambitieux s’inscrit dans le contexte d’une guerre économique et technologique entre les deux superpuissances, qui se disputent le leadership mondial.
La Chine bannit Intel et AMD de son administration publique
Le 26 décembre 2023, la Chine a annoncé que les processeurs Intel et AMD étaient interdits des ordinateurs de l’administration publique chinoise, et qu’ils devaient être remplacés par des puces locales, comme celles de Huawei ou de Loongson. Cette mesure, qui vise à renforcer la sécurité nationale et l’indépendance technologique de la Chine, n’a été révélée que quatre mois plus tard par le Financial Times, le quotidien économique américain.
Cette décision a surpris le gouvernement américain, qui pensait avoir pris l’avantage sur la Chine en lui imposant des sanctions commerciales et en limitant son accès aux technologies de pointe. Depuis l’ère Trump, les États-Unis ont cherché à freiner la montée en puissance de la Chine, notamment dans le domaine de la 5G, en accusant Huawei, le leader chinois des télécommunications, d’espionnage et de menace pour la sécurité nationale. Sous l’administration Biden, la politique américaine n’a pas changé, et les États-Unis ont continué à exercer des pressions sur leurs alliés pour qu’ils excluent Huawei de leurs réseaux.
Les États-Unis pensaient que priver la Chine des processeurs américains de dernière génération, comme ceux d’Intel ou de Qualcomm, aurait permis de contraindre la Chine à un retard de 14 ans, selon les estimations de certains experts. Mais ils n’avaient pas prévu que la Chine réagirait en bannissant à son tour les produits américains de son marché intérieur, et en accélérant le développement de ses propres technologies.
La Chine lance HarmonyOs, son système d’exploitation universel
Avec l’interdiction de Windows, la Chine franchit une nouvelle étape dans la guerre économique. En effet, le système d’exploitation de Microsoft, qui domine le marché mondial des PC, est désormais persona non grata en Chine, où il devra céder la place à HarmonyOs, le système d’exploitation développé par Huawei.
HarmonyOs est un projet stratégique pour la Chine, qui vise à créer un système d’exploitation universel, capable de fonctionner sur tous les types d’appareils, qu’il s’agisse de smartphones, de tablettes, d’ordinateurs, de téléviseurs, de montres connectées, ou encore de voitures intelligentes. HarmonyOs se veut un système d’exploitation ouvert, modulaire, et adaptable, qui permet de créer un écosystème harmonieux entre les différents appareils, et de faciliter l’innovation et la coopération entre les développeurs.

La Chine a mis les moyens pour faire de HarmonyOs un succès. Dans la ville de Shenzhen, le gouvernement chinois a créé deux parcs scientifiques pour accueillir 1000 entreprises qui vont toutes travailler pour une seule chose : créer les applications qui vont tourner sous HarmonyOs. Ces entreprises bénéficient du soutien financier et logistique de l’État, ainsi que de l’accès aux ressources technologiques de Huawei.
Le but de cette initiative est de combler le déficit d’applications qui affecte HarmonyOs, par rapport à ses concurrents, ios et Android. En effet, ces deux systèmes d’exploitation, qui dominent le marché mondial des smartphones, disposent d’un large catalogue d’applications, qui attirent les utilisateurs et les fidélisent. En privant Huawei de Android, les États-Unis espéraient réduire l’attractivité des smartphones du géant chinois, et limiter sa croissance.
Mais la Chine a déjoué les plans américains, en procédant en deux étapes :
- Faire que Huawei, avec son nouveau téléphone, le Mate 50, qui fonctionne sous HarmonyOs, soit le numéro 1 des ventes de smartphones en Chine en 2023. Pour cela, la Chine a joué sur le sentiment nationaliste de ses consommateurs, qui ont préféré soutenir Huawei face aux sanctions américaines, plutôt que de se laisser séduire par les applications sous ios ou Android.
- Recruter 1000 entreprises pour développer les nouvelles applications sous HarmonyOs. Et comme tout le monde a vu avec le succès de Huawei que le consommateur chinois est plus nationaliste que accrocs aux applications sous ios ou Android, en moins d’un mois, les 1000 entreprises étaient déjà connues et sélectionnées pour faire partie de l’aventure.
La Chine se prépare à conquérir le monde avec HarmonyOs
Les nouvelles applications sous HarmonyOs s’annoncent alléchantes. Elles vont profiter des avantages du système d’exploitation de Huawei, qui offre une meilleure performance, une plus grande fluidité, et une plus grande sécurité que ses rivaux. Elles vont aussi exploiter les innovations technologiques de la Chine, comme la connexion internet via les satellites chinois, le GPS chinois, ou encore l’intelligence artificielle.

Avec HarmonyOs, la Chine espère non seulement satisfaire son marché intérieur, qui compte plus d’un milliard d’utilisateurs potentiels, mais aussi séduire le marché mondial, notamment les pays émergents, qui sont à la recherche de solutions technologiques abordables et performantes. HarmonyOs pourrait ainsi devenir une alternative crédible à Windows, ios et Android, et remettre en cause la domination américaine dans le secteur de l’informatique et de la téléphonie.
La question qui se pose est : combien de temps pensez-vous que Android va encore tenir avant de tomber en déclin ? Et que va faire Apple, qui repose entièrement sur son système d’exploitation ios, pour résister à la concurrence de HarmonyOs ? La guerre économique entre la Chine et les États-Unis n’est pas près de se terminer, et elle va se jouer sur le terrain de la technologie.






























































