Les plaintes se multiplient sur les réseaux sociaux. Vitesse de navigation exaspérante, interruptions fréquentes, appels instables… Malgré des milliards investis, le Cameroun peine à offrir une qualité de service Internet à la hauteur des attentes. En toile de fond : une guerre silencieuse entre les principaux acteurs du secteur — Orange, MTN et Camtel — chacun pointant du doigt l’autre.
185 milliards de FCFA investis en 2023
En octobre 2024, la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, révélait un chiffre impressionnant : 185 milliards de FCFA investis en 2023 par les trois principaux opérateurs du pays. Dans le détail, Camtel aurait mobilisé 117 milliards, Orange 38 milliards et MTN 30 milliards. Un record, largement au-dessus des prévisions initiales estimées à 156 milliards.
Et pourtant, ces efforts financiers colossaux n’ont pas eu les effets escomptés. La qualité du réseau reste jugée médiocre par les abonnés, notamment dans les grandes agglomérations comme Douala et Yaoundé.
Un service toujours défaillant
Appels interrompus, latence élevée, streaming presque impossible à certaines heures… La mauvaise qualité du réseau est devenue un véritable casse-tête pour les consommateurs. En mai 2023, l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) est passée à l’action. Verdict : 6 milliards de FCFA de sanctions infligés aux opérateurs pour manquements à leurs obligations de service.
Orange écope de la plus lourde amende avec 2,2 milliards de FCFA, suivi de Viettel (Nexttel) avec 1,6 milliard, MTN avec 1,4 milliard, et Camtel avec 800 millions.
Camtel vs Orange : bras de fer sur la fibre
Dans ce contexte tendu, les accusations fusent. Orange et MTN pointent la responsabilité de Camtel, gestionnaire des infrastructures nationales. Selon eux, les coupures incessantes de la fibre optique, souvent sans préavis, seraient à l’origine de la majorité des interruptions de service.
Camtel, de son côté, réplique. L’opérateur public accuse Orange Cameroun de refuser certaines options techniques qui permettraient une meilleure redondance du réseau, préférant exploiter la fibre noire — jugée moins stable.
Un utilisateur pris en otage
Pris au milieu de cette bataille, l’usager camerounais reste le grand perdant. À l’ère de la transformation numérique et des services digitalisés, la lenteur du réseau freine l’économie, limite l’accès à l’éducation en ligne, et affecte la compétitivité des entreprises locales.
Alors que les promesses d’amélioration se succèdent, la patience des consommateurs s’effrite. À quand une véritable révolution numérique au Cameroun ? La réponse, pour l’instant, se perd dans les méandres des câbles… et des querelles entre opérateurs.
































































