L’interdiction du service Internet par satellite Starlink, développé par la société américaine SpaceX d’Elon Musk, continue de provoquer l’indignation au Cameroun. Alors que le gouvernement évoque des raisons de régulation et de souveraineté nationale, nombre d’observateurs estiment que la décision freine considérablement l’accès à une connectivité fiable pour les entrepreneurs et usagers camerounais, dans un pays où la qualité des services Internet reste désespérément médiocre.
Dans le même temps, la République Démocratique du Congo (RDC) a récemment autorisé l’opérateur satellitaire à déployer ses services sur son territoire, confirmant ainsi l’ambition de Starlink de s’imposer sur un continent africain où la demande pour un Internet haut débit est en pleine croissance.
Une bouée de sauvetage refusée aux entrepreneurs camerounais
Dans un contexte où les coupures intempestives, la faible vitesse et l’instabilité du réseau sont devenues monnaie courante, l’arrivée de Starlink avait suscité un espoir sans précédent au sein de l’écosystème entrepreneurial camerounais. Grâce à sa technologie de satellites en orbite basse, Starlink promettait une connexion rapide et accessible, même dans les zones les plus enclavées.
« C’était une solution simple, fiable, qui pouvait booster le télétravail, le e-commerce, les services cloud et même l’éducation en ligne », affirme Étienne T., un développeur basé à Yaoundé. « Mais tout a été bloqué par une décision politique. »

Orange, MTN et Camtel : le triangle de la crainte
Dans les coulisses, plusieurs sources évoquent des pressions exercées par les opérateurs dominants du marché — MTN, Orange et Camtel — qui auraient fait du lobbying auprès du ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL) pour empêcher Starlink de s’implanter. Leur crainte ? Voir leurs parts de marché fondre face à un concurrent aux capacités techniques et à la réputation internationale bien supérieures.
Malgré les 185 milliards FCFA investis en 2023 par ces trois opérateurs pour améliorer les infrastructures, les résultats ne sont toujours pas visibles pour les utilisateurs. Les pannes récurrentes, la qualité fluctuante du service et les zones non couvertes alimentent la colère des consommateurs. Les sanctions financières infligées par l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) n’ont pour l’instant pas eu d’effet significatif sur le terrain.
Pendant ce temps, la RDC ouvre ses portes à Elon Musk
Tandis que le Cameroun restreint l’accès à Starlink, la RDC a franchi un pas décisif en autorisant le géant américain à opérer légalement sur son territoire. Une victoire stratégique pour SpaceX qui renforce peu à peu sa présence en Afrique, après avoir sécurisé des autorisations dans plusieurs pays dont le Nigeria, le Rwanda et le Mozambique.
Cette percée en RDC démontre la volonté de certains gouvernements africains d’embrasser les nouvelles technologies pour répondre à la fracture numérique qui handicape leur développement économique. À Kinshasa, les autorités ont salué la venue de Starlink comme une avancée majeure dans l’accès universel à Internet.

Un choix de modèle pour l’Afrique ?
Le contraste entre la RDC et le Cameroun soulève une question essentielle : quel modèle l’Afrique veut-elle adopter ? Un modèle protectionniste, visant à protéger des opérateurs historiques malgré leur faible performance ? Ou un modèle ouvert à l’innovation technologique, misant sur la compétition pour faire émerger des services de meilleure qualité ?
Pour l’instant, les entrepreneurs camerounais restent sur leur faim, contraints de composer avec des services inadaptés à leurs ambitions numériques. Et tant que la volonté politique ne changera pas, Starlink pourrait bien continuer sa conquête de l’espace africain… sans escale au Cameroun.






























































