Téléphones en mode avion. Transfert immédiat d’argent. Pas un octet de données consommé. C’est Rema, la révolution du paiement mobile en connexion zéro développée par quatre jeunes Ivoiriens de 18 à 21 ans.
En Afrique de l’Ouest, où le mobile money structure le quotidien via Orange Money, MTN MoMo ou Wave, cette innovation pourrait combler une faille majeure : la dépendance à une couverture réseau stable.
Le problème : quand le réseau lâche, tout s’arrête
Le constat est brutal. Sous une pluie battante qui brouille les ondes, dans les marchés ruraux enclavés ou lors des pannes réseau en pleine ville, plus de 450 millions d’Africains se retrouvent bloqués. Le paiement mobile s’effondre, et le retour forcé au cash physique avec lui.
L’USSD ? Trop d’erreurs de saisie. Le QR code ? Besoin de connectivité et d’un bon smartphone. Face à ces limites, Jean-Luc Adjo, Djiablé Luc Olivier Jaurès, Ariel Kouakou Placide et Konaté Ibrahim Junior ont misé sur une technologie présente sur 98% des téléphones pour créer un transfert direct entre appareils.
La solution Rema : transformer le Bluetooth en canal sécurisé sans réseau
Le 16 janvier 2026, au campus de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody, ces étudiants en psychologie et économie ont démontré leur protocole devant la presse. Le principe ? Le Bluetooth crée un réseau local ad hoc (comme un mini-WiFi personnel) entre deux téléphones pour transférer une valeur numérique stockée en mémoire sécurisée, sans jamais passer par un serveur central. Le canal disparaît après la transaction.
Chaque opération est protégée par un identifiant unique et un chiffrement de niveau bancaire (AES-256). « On reproduit les propriétés du cash physique en version numérique, avec en bonus la traçabilité et la récupération en cas de vol de téléphone, » résume Konaté Ibrahim Junior, CEO et CTO du projet.
Un avantage que le cash dans la poche ne peut offrir.
📌 Rema vs autres solutions de paiement (comparatif simplifié)
| Solution | Internet requis | Compatibilité | Sécurité |
|---|---|---|---|
| Rema | ❌ Non | 98% smartphones | AES-256 |
| USSD | ✅ Oui | Tous | Faible |
| QR Code | ✅ Oui | Caméra requise | Moyenne |
De zéro à un prototype fonctionnel en 5 mois
L’aventure débute en 2025 lors d’un design sprint organisé par la CDC-CI Capital. Sept étudiants, dont trois femmes, imaginent cette solution en trois jours. Sans financement mais avec une idée citée en exemple par le jury, quatre d’entre eux décident de continuer seuls.
Le défi ? Aucun n’est informaticien. Avec 13 000 FCFA (20 euros), ils s’abonnent à Gemini AI de Google et apprennent à coder de zéro. Cinq mois plus tard, le protocole fonctionne.
« Ma filière de psychologie, choisie par défaut, m’a finalement aidé à comprendre comment les gens utilisent vraiment l’argent, » confie Konaté Ibrahim avec humilité.

L’accueil du terrain : « Les gens veulent se libérer de la connectivité »
Lors des tests auprès de taximen à Koumassi, commerçantes à Port-Bouët et supermarchés à Cocody, la réaction est unanime. « Les utilisateurs sautent sur la solution, » rapporte Jean-Luc Adjo, responsable commercial. « Ils veulent pouvoir payer partout, tout le temps, sans stress lié au réseau. »
Potentiel d’impact : en Côte d’Ivoire seulement, Rema pourrait toucher plus de 12 millions d’utilisateurs de mobile money et des dizaines de milliers de commerces dans les zones à faible couverture réseau.
La démonstration publique sur LinkedIn a même attiré l’attention de la BCEAO, la banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.
Partenaire, pas concurrent
Malgré ce succès naissant, l’équipe garde les pieds sur terre. « Nous ne sommes pas une fintech, nous sommes un tech-provider, » martèle Konaté Ibrahim. Leur ambition ? Fournir un kit logiciel que les Emetteurs de Monnaie Électronique pourront intégrer dans leurs applications existantes.
Pas de guerre commerciale, donc, mais une brique technologique au service de tous les acteurs. Un positionnement stratégique qui pourrait accélérer l’adoption à l’échelle régionale.
Prochaine étape : industrialiser et lever des fonds
Le prototype tourne. Maintenant, il faut passer à l’échelle. « Nous cherchons des fonds pour recruter des développeurs seniors et industrialiser Rema, » explique le CEO. « En 2026, la vision stratégique et l’agilité comptent autant que le code pur. »
Avec le soutien de leurs familles — notamment le père d’Ariel, passionné d’IA, et les conseils juridiques reçus par Konaté — les quatre jeunes préparent déjà une version 2 capable de gérer des transferts de données de santé via une connexion locale sécurisée.
Les tests à grande échelle restent à venir, mais la démonstration laisse entrevoir une véritable avancée pour les zones à faible couverture réseau.
Rema, ou la révélation d’une Afrique tech souveraine
Le nom « Rema » signifie « révélation » ou « lumière ». Un symbole fort pour une génération qui refuse d’attendre que les infrastructures arrivent et préfère inventer ses propres solutions.
En transformant le Bluetooth en canal de paiement fiable, ces quatre étudiants ivoiriens prouvent qu’avec de l’ingéniosité, une connexion IA et beaucoup de détermination, il est possible de repousser les limites de l’inclusion financière en Afrique.
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