La 5G s’installe peu à peu sur le continent africain, portée par une dynamique régionale qui gagne en intensité. Selon les dernières données de l’Agence Ecofin (juin 2025), 48 opérateurs télécoms offrent désormais des services commerciaux dans 28 pays africains. Un bond spectaculaire si l’on se souvient qu’en 2018, seul Vodacom Lesotho avait osé déployer la première connexion 5G du continent.
Une progression rapide mais contrastée
En 2024, l’Union africaine des télécommunications (UAT) recensait déjà 79 opérateurs investissant dans la 5G à travers 41 pays, dont 35 avaient lancé leurs premiers réseaux commerciaux. En comparaison, la GSMA ne dénombrait que 7 réseaux actifs dans 5 pays en 2021.
Cette accélération s’illustre aussi en Afrique du Nord, où l’Égypte et la Tunisie ont rejoint le peloton de tête en 2025, marquant une étape décisive dans la généralisation de la technologie. L’Égypte a mobilisé Telecom Egypt, Vodafone et e& Egypt, tandis que la Tunisie a vu Orange, Ooredoo et Tunisie Telecom activer leurs premiers services.
Les pionniers et les retardataires
Le chemin parcouru en quelques années est impressionnant. Les premiers pays à avoir osé basculer vers la 5G, dès 2018, sont :
- Lesotho – Vodacom (2018)
- Afrique du Sud – Rain, Vodacom, MTN, Telkom (2018–2022)
- Libye – Al-Madar (2019)
- Seychelles – Cable & Wireless (2020)
- Kenya – Safaricom (2022)
À l’inverse, certains poids lourds du marché africain restent encore en retrait, malgré un fort potentiel :
- Algérie
- Maroc
- République démocratique du Congo (RDC)
- Côte d’Ivoire
- Cap-Vert
Leurs opérateurs mènent déjà des tests pilotes. Une annonce de lancement commercial dans ces pays pourrait rebattre les cartes du marché à court terme.
Une adoption encore limitée
En 2024, la 5G couvrait 25 % des zones urbaines, loin derrière la 4G qui atteignait 73 %. Sur environ 600 millions d’abonnés mobiles uniques en Afrique subsaharienne, seuls 26 millions utilisaient déjà la 5G.
👉 Le contraste avec d’autres régions est frappant :
- Afrique subsaharienne : <1 % d’adoption en 2024
- Europe : ~25 %
- Asie de l’Est : >50 %
Selon la GSMA, la pénétration atteindra 17 % en Afrique d’ici 2030, contre plus de 80 % dans les économies avancées.
Focus sur le Cameroun
Le Cameroun n’a pas encore activé la 5G, mais les préparatifs s’intensifient :
- MTN Cameroun a multiplié les tests techniques depuis Douala et Yaoundé.
- Orange Cameroun a confirmé des essais, sans officialiser de calendrier.
- Camtel, opérateur public, se concentre encore sur la fibre et la 4G, tout en affichant son ambition d’être un acteur majeur de la 5G.
Avec près de 20 millions d’abonnés mobiles, le pays reste en embuscade. L’ouverture des enchères de fréquences sera déterminante pour franchir le cap.
Les freins majeurs
Malgré l’engouement, cinq obstacles freinent encore la généralisation :
- Prix des smartphones : les modèles 5G coûtent encore au minimum 150 USD, hors de portée pour de nombreux consommateurs.
- Manque de cas d’usage concrets : sans applications locales adaptées, la 5G pourrait n’apporter qu’une vitesse accrue pour une minorité urbaine. Des projets pilotes existent pourtant, de l’agriculture connectée au Kenya à la télémédecine au Rwanda.
- Infrastructures limitées : fibre optique et stations 5G demeurent insuffisantes, surtout hors des capitales.
- Spectre : les fréquences indispensables tardent à être libérées, et leur coût reste prohibitif.
- Politiques publiques : normes encore floues et faible collaboration entre opérateurs et industriels.
Un potentiel économique colossal
Si ces défis sont relevés, la 5G pourrait jouer un rôle moteur dans la croissance. La GSMA projette une contribution de 10 milliards USD au PIB régional d’ici 2030, soit 6 % de l’impact économique total du secteur mobile.
Les secteurs les plus prometteurs incluent :
- Mines et industrie lourde : automatisation et surveillance en temps réel.
- Agriculture : capteurs intelligents pour optimiser l’irrigation et les rendements.
- Santé : télémédecine, consultations à distance et ambulances connectées.
- Divertissement : streaming haute définition et gaming en ligne sans latence.
- Logistique : suivi en temps réel des chaînes d’approvisionnement via l’IoT.

Conclusion
En Afrique, la 5G n’est plus une chimère. Elle est déjà une réalité pour près d’une trentaine de pays. Mais son avenir dépendra de la capacité collective des États, des opérateurs et des régulateurs à lever les obstacles qui en font encore une technologie d’exception.
👉 Reste une question essentielle : la 5G sera-t-elle un outil d’inclusion numérique ou un luxe réservé à une élite urbaine ?
Pour aller plus loin :
- Cameroun – Histoire de la Téléphonie Mobile : Des Premiers Pas à l’Ère de la 5G
- Cameroun : l’ART publie ses comptes 2024 et fixe le cap vers la 5G et l’intelligence artificielle
- Cameroun : MTN et Camusat scellent une alliance pour une 5G verte et inclusive
- L’évolution des réseaux cellulaires : de la 1G à la 5G, une révolution silencieuse mais radicale
- MTN Cameroun Réalise Près de 100 Milliards FCFA de Chiffre d’Affaires au Premier Trimestre 2025 : Croissance Record, Mais Réseau en Tension
- CAMEROUN : LA CONNEXION EN MARCHE – ENTRE RÉVOLUTION NUMÉRIQUE ET DÉFIS D’INCLUSION
- Orange Cameroun : 25 ans d’innovations marqués par des défis de qualité de service
- Sanctions américaines contre Huawei : frein majeur ou levier d’innovation technologique ?






























































