Une transformation discrète mais déterminante est en cours dans l’écosystème numérique camerounais. Depuis le 1er avril 2026, un dispositif inédit de contrôle des terminaux mobiles est entré en service, reposant sur l’identification systématique des appareils via leur numéro IMEI. À la manœuvre, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, qui révèle déjà l’ampleur du phénomène : près de 700 000 téléphones ont été détectés comme non dédouanés en moins de 25 jours.
Derrière ce chiffre, c’est toute la structure du marché mobile qui se trouve mise à nu. Longtemps alimenté par des circuits informels, le secteur des terminaux entre désormais dans une phase de régulation technologique où chaque appareil doit prouver sa conformité pour accéder durablement au réseau.
Une réforme déjà active, une application progressive
Le mécanisme ne relève plus du projet. Il est effectivement opérationnel depuis le 1er avril 2026, date à laquelle les premiers contrôles automatisés ont été activés. Toutefois, les autorités ont opté pour une montée en puissance progressive afin d’éviter une rupture brutale des usages.
Techniquement, un appareil non déclaré peut être bloqué dès sa première connexion. Néanmoins, une période transitoire a été instaurée pour permettre aux différents acteurs de régulariser leur situation. Durant cette phase, aucune campagne généralisée de blocage n’est menée.
La date du 30 avril marque ainsi une bascule importante. À partir de ce moment, le dispositif entre dans sa phase d’application stricte : les terminaux identifiés comme non conformes pourront être bloqués de manière plus systématique, limitant leur capacité à fonctionner sur les réseaux nationaux.
700 000 appareils : un indicateur du marché informel
Le volume annoncé ne doit pas être interprété comme une photographie globale du parc mobile. Il reflète une catégorie spécifique d’appareils : ceux connectés pour la première fois après l’entrée en vigueur du dispositif.
Selon les autorités, la grande majorité de ces 700 000 téléphones n’avaient jamais été activés avant le 1er avril 2026. Ils ont rejoint le réseau entre cette date et le 25 avril sans passer par les procédures de dédouanement.
Cette précision est essentielle. Les appareils déjà utilisés avant le 1er avril sont considérés comme en règle, même en l’absence de déclaration formelle. En revanche, tout téléphone présent sur le territoire mais jamais activé, ou activé après cette date sans enregistrement, est concerné par la régularisation.
Les dispositifs en roaming, notamment ceux utilisés par des visiteurs étrangers, échappent à cette logique. Le ciblage reste centré sur les flux internes de fraude et de contrebande.
Les autorités insistent d’ailleurs sur ce point : le parc de téléphones déjà en circulation ne sera pas massivement remis en cause, la réforme visant avant tout les nouveaux entrants dans le réseau.
L’IMEI, nouveau filtre du réseau
Au cœur de cette transformation, le numéro IMEI s’impose comme l’outil clé. Unique à chaque terminal, il agit comme une empreinte numérique permettant d’identifier précisément chaque appareil.
À chaque connexion aux infrastructures de MTN Cameroon, Orange Cameroun ou CAMTEL, cet identifiant est automatiquement comparé à une base de données couplée aux services douaniers. L’absence de correspondance avec un dossier de dédouanement entraîne le signalement du terminal comme non conforme.
Ce mécanisme transforme profondément la nature du réseau mobile. Celui-ci ne se contente plus d’assurer la connectivité : il devient un outil actif de régulation, capable de conditionner l’accès même aux services télécoms.
Un téléphone acquis sur un circuit informel, sans facture ni preuve d’importation, peut ainsi continuer de fonctionner temporairement. Mais en l’absence d’enregistrement, son usage reste précaire et exposé à une désactivation progressive.

Une réforme portée par un objectif fiscal et structurel
Au-delà de l’aspect technique, la réforme s’inscrit dans un cadre légal précis. Elle s’appuie sur l’article 6 de la loi de finances 2023, qui introduit le principe de collecte électronique des droits de douane sur les terminaux numériques, et se trouve renforcée par la loi de finances 2026.
L’ambition est également économique. Les autorités visent une augmentation significative des recettes douanières liées aux téléphones, avec un objectif affiché de passer d’environ 1,3 milliard à près de 25 milliards de francs CFA par an.
Ce repositionnement traduit une volonté de formalisation du marché, dans un contexte où les importations informelles représentent une part importante des flux.
Une responsabilité partagée dans la chaîne de valeur
La mise en œuvre du dispositif met en évidence une responsabilité diffuse. Les importateurs qui contournent les procédures douanières sont directement visés, mais les commerçants et les consommateurs sont également concernés.
Les vendeurs qui écoulent des appareils sans garantie de dédouanement exposent leurs clients à un risque réel. De leur côté, les utilisateurs attirés par des prix particulièrement bas sur le marché informel doivent désormais intégrer un nouveau paramètre : la conformité du terminal.
À partir du moment où seul un appareil enregistré peut fonctionner pleinement, la question du prix ne peut plus être dissociée de celle de la traçabilité.
Vérification et régularisation : un nouveau réflexe
Dans ce contexte, la vérification du statut d’un téléphone devient une étape essentielle. Le numéro IMEI, accessible en composant *#06# ou via les paramètres du terminal, constitue le point d’entrée de cette démarche.
Les Douanes camerounaises ont mis en place un service en ligne permettant de vérifier la conformité d’un appareil. Accessible via la plateforme officielle mpie.camcis.cm, ce dispositif permet de confirmer si un téléphone figure dans la base des terminaux déclarés.
En parallèle, des solutions par SMS ont été déployées pour élargir l’accès à cette vérification, y compris pour les utilisateurs de téléphones basiques. Cette double approche, Web et mobile, vise à faciliter l’appropriation du système par le grand public.

Vers une recomposition progressive du marché
À court terme, la réforme introduit une contrainte nouvelle. À moyen terme, elle pourrait transformer durablement les équilibres du marché.
Le secteur informel, qui a longtemps structuré la distribution des smartphones, se trouve confronté à un dispositif difficile à contourner. Les circuits d’approvisionnement devraient progressivement se formaliser, tandis que les pratiques commerciales évolueront vers davantage de transparence.
Pour les consommateurs, l’acte d’achat s’enrichit d’une dimension technique : vérifier un IMEI devient aussi essentiel que comparer les caractéristiques d’un appareil.
Conclusion : un nouveau standard pour le smartphone au Cameroun
L’introduction du contrôle IMEI marque une inflexion majeure dans la gestion du marché mobile au Cameroun. Elle installe un cadre où la connectivité dépend directement de la conformité administrative du terminal.
Pour les utilisateurs, cela implique une vigilance accrue, notamment sur le marché de l’occasion. Pour les acteurs économiques, la réforme impose une adaptation rapide à un environnement plus structuré.
À terme, seuls les terminaux correctement déclarés pourront fonctionner pleinement sur les réseaux nationaux, redéfinissant durablement les pratiques de distribution, d’usage et de revente des smartphones, sans remettre en cause massivement le parc déjà en circulation.
Pour aller plus loin :
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