Plus de 100 millions de dollars échangés en cryptomonnaies en 2024, près de 12 % des commerçants urbains impliqués, et une jeunesse majoritairement familière des cryptoactifs. Ces chiffres, issus de compilations indépendantes, révèlent l’émergence silencieuse mais structurée d’un nouveau pan de l’économie camerounaise : celui des devises numériques.
Dans un contexte où le franc CFA reste la seule monnaie officiellement reconnue, de nombreux acteurs économiques se tournent vers les cryptomonnaies pour contourner certaines limitations du système financier classique. Ce mouvement s’accélère, malgré l’absence de toute régulation.
Des motivations pratiques à l’origine de l’adoption
L’utilisation croissante des stablecoins comme l’USDT (Tether) ou l’USDC repose sur une logique pragmatique. Ces cryptomonnaies adossées au dollar américain garantissent une stabilité de valeur, précieuse pour les transactions transfrontalières ou les services à distance.
À Douala, Yaoundé, Bafoussam ou Kribi, commerçants et indépendants témoignent : recevoir des paiements via Binance, Ejara ou Yellow Card est désormais courant, notamment de la part de clients situés au Nigéria, en Europe ou aux États-Unis. L’absence de frais bancaires, la rapidité des transferts et l’accès via smartphone d’entrée de gamme renforcent cette dynamique.
« Je préfère être payé en USDT. C’est plus rapide, plus stable, et je peux réinvestir ou convertir en francs CFA sans banque », affirme un vendeur de pièces détachées de Douala.
Les chiffres clés de la crypto au Cameroun (2024)
- Volume estimé : 100 à 130 millions USD échangés
- Croissance annuelle : +15 %
- Commerçants urbains ayant déjà accepté la crypto : 12 %
- Jeunes (18-35 ans) ayant détenu ou utilisé des cryptoactifs : 45 %
- Crypto les plus utilisées : USDT, USDC, loin devant BTC et ETH

Une régulation absente, mais une adoption bien réelle
La BEAC continue d’afficher une position ferme : « seule le franc CFA est légal dans la zone CEMAC ». Mais dans les faits, un écosystème parallèle s’est formé, basé sur les échanges de pair à pair (P2P), les groupes WhatsApp dédiés, les plateformes mobiles et des agents locaux.
Cette situation pose plusieurs défis :
- Protection des utilisateurs contre la fraude
- Fiscalisation des transactions
- Traçabilité des flux en cas de litige ou de cybercriminalité
Comparaison régionale : une approche contrastée
| Pays | Volume estimé (2024) | Régulation en place | Position institutionnelle |
|---|---|---|---|
| Cameroun | 100-130 M USD | Aucune | Rejet officiel par la BEAC |
| Côte d’Ivoire | 150+ M USD | Projet de régulation en cours | Études d’impact lancées |
| Sénégal | 130 M USD | Fiscalité des gains crypto | Position pragmatique |
| Gabon | 60 M USD | Aucune | Silence institutionnel |
| Nigéria | 600+ M USD | Interdiction partielle, MNBC eNaira | Usage généralisé malgré la réglementation stricte |
Stablecoins, MNBC et avenir numérique
L’usage massif des stablecoins au Cameroun met en lumière le retard des autorités monétaires régionales face à l’évolution du numérique financier. En théorie, la future e-CFA portée par la BEAC pourrait concurrencer ces actifs, mais plusieurs analystes s’interrogent sur sa crédibilité, son interopérabilité et l’adoption réelle par les populations.
Un rapport de la Tony Blair Institute Foundation (janv. 2025) recommande d’autoriser une coexistence régulée entre MNBC, stablecoins et cryptoactifs pour maximiser les gains économiques tout en réduisant les risques.

Une transformation économique déjà en cours
Freelances, importateurs, jeunes investisseurs, commerçants : l’économie crypto au Cameroun n’est plus marginale. Elle pallie les carences de bancarisation (près de 60 % de la population) et crée des ponts directs entre les marchés locaux et internationaux.
Face à cette transformation, l’inaction réglementaire devient un choix politique à part entière, dont les conséquences pourraient peser sur la souveraineté monétaire et la maîtrise fiscale à moyen terme.
📣 Témoignez : Vous acceptez la crypto ?
Vous êtes commerçant ou prestataire au Cameroun et acceptez déjà les paiements en cryptomonnaies ?
Partagez votre expérience ! Nous préparons un dossier spécial intitulé « Crypto et petits commerces », à paraître très bientôt sur KAMERANDROID.
🛡️ Pour débuter en toute sécurité
- Ejara : plateforme panafricaine avec support en français
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Portraits de développeurs camerounais pionniers dans la création de tokens
Au Cameroun, plusieurs acteurs du numérique se distinguent par leur engagement dans l’univers des cryptomonnaies, en développant des tokens locaux qui contribuent à l’essor de la blockchain en Afrique centrale.
- Émile Parfait Simb (Douala)
Fondateur de Liyeplimal, Émile Parfait Simb est à l’origine du SimbCoin, un token ERC-20 lancé en 2017. Bien que controversé, ce projet a marqué une étape importante dans la vulgarisation des cryptomonnaies au Cameroun. - Dalvarice Ngoudjou (Yaoundé)
Entrepreneure et développeuse, Dalvarice a lancé le Kori, une cryptomonnaie africaine conçue pour favoriser l’adoption des technologies blockchain dans la région. Son initiative met en lumière le potentiel des monnaies numériques africaines. - Idriss Wagoum Takuété (Douala)
Développeur web passionné par les cryptos, Idriss a créé CRYPTO-FIAT, une plateforme facilitant l’achat et la vente de cryptomonnaies en Afrique centrale. Son travail vise à démocratiser l’accès aux actifs numériques dans la zone CEMAC.
Ces profils témoignent du dynamisme et de l’innovation croissante des talents camerounais dans l’écosystème crypto, un secteur appelé à jouer un rôle clé dans la transformation numérique du continent.
Pour aller plus loin :
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