Avec plus de 1 200 milliards FCFA échangés via le mobile money en 2023, le Cameroun attire de plus en plus de géants de la fintech. Wave, forte de son succès en Afrique de l’Ouest, fait son entrée dans l’arène camerounaise en s’adossant à un profil d’envergure : Joël Bertrand Ndjodo, nommé Country Manager pour piloter cette nouvelle offensive. Un choix stratégique pour une implantation complexe mais prometteuse.
Un profil de stratège pour naviguer les eaux CEMAC
Âgé de 49 ans, Joël Bertrand Awono Ndjodo incarne une nouvelle génération de dirigeants à la croisée des mondes du digital, de la réglementation et du conseil stratégique. Titulaire d’un diplôme en sciences politiques (Université de Lille II) et d’un DESS en administration des entreprises, ce dirigeant expérimenté a bâti une carrière de plus de 26 ans dans des secteurs aussi variés que les télécommunications, l’agroalimentaire, le pétrole, ou encore la finance numérique.
Dernièrement Senior Associate chez Amarante Consulting à Dubaï, il a conduit plusieurs missions de transformation digitale dans des pays d’Afrique francophone, en mettant l’accent sur le mobile money, la cybersécurité financière et l’inclusion numérique. Un profil parfaitement aligné avec l’ambition de Wave de bousculer les modèles existants.
COBAC valide l’entrée de Wave : un agrément à forte contrainte
En juin 2025, Wave a obtenu de la COBAC (Commission Bancaire de l’Afrique Centrale) un agrément en qualité d’établissement de paiement, délivré en partenariat avec Commercial Bank Cameroun (CBC). Cet agrément, de type complet et non provisoire, confère à Wave le droit d’exercer des opérations de paiement classiques sur le territoire camerounais : retraits, dépôts, transferts d’argent et paiement de factures.
Cependant, l’environnement réglementaire CEMAC est notoirement plus rigide que celui de l’UEMOA. En effet, les établissements de paiement y sont soumis à :
- des exigences de fonds propres plus élevées,
- des limites sur les montants journaliers de transactions,
- une obligation de traçabilité des flux pour lutter contre le blanchiment,
- et un encadrement strict des modèles de distribution tiers.
Autant de contraintes qui imposent à Wave une adaptation structurelle de son modèle ouest-africain, autrefois très souple.
📊 Le mobile money au Cameroun en 2023
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Volume total de transactions | 1 225 milliards FCFA (Source : MINFI, 2024) |
| Utilisateurs actifs | 12,7 millions (Source : ART, 2024) |
| Parts de marché | MTN MoMo (62 %), Orange Money (35 %) |
| Frais moyens de transfert | 125 à 250 FCFA pour 5 000 FCFA |
| Nouveaux acteurs en lice | Wave, Express Union Digital, YUP (retiré) |
Frais réduits : la promesse Wave tiendra-t-elle ?
Wave a bâti son succès sur une proposition de valeur claire : réduction drastique des coûts. Dans les pays où l’entreprise opère déjà (Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali), ses frais sont généralement de 1 % sur les retraits et gratuits sur les transferts entre utilisateurs Wave.
📌 Exemple concret : Frais Mobile Money au Cameroun
| Opération | MTN / Orange | Wave (modèle Ouest-africain) |
|---|---|---|
| 🔻 Retrait de 5 000 FCFA | ≈ 250 FCFA | 50 FCFA |
| 🔁 Transfert de 10 000 FCFA | 150 à 300 FCFA | 0 FCFA |
Cependant, le Cameroun applique une taxe gouvernementale de 0,2 % sur les retraits mobile money, ce qui pourrait atténuer la compétitivité de Wave si elle ne propose pas un modèle adapté au contexte fiscal local.
Un marché structuré, une bataille d’image
Le défi pour Wave ne sera pas seulement réglementaire ou économique, mais aussi psychologique et pédagogique. Orange et MTN disposent de réseaux de distribution massifs et d’une notoriété consolidée. Pour s’imposer, Wave devra investir massivement dans :
- la sensibilisation du public sur ses tarifs,
- un service client multilingue et localisé,
- et des campagnes d’éducation numérique orientées vers les zones rurales.
« L’arrivée de Wave nous oblige à revoir nos offres », confie un cadre d’Orange Money sous anonymat. « Mais leur modèle ne sera pas simple à transposer ici, surtout avec la taxation sur les retraits. »

Inclusion financière : le pari sociétal de Wave
En effet, plus de 40 % des adultes camerounais n’ont toujours pas accès aux services bancaires ou financiers formels. En s’implantant dans ce contexte, Wave pourrait jouer un rôle crucial dans les objectifs de la BEAC et de la COBAC en matière d’inclusion financière régionale.
La nomination d’un dirigeant local comme Joël Ndjodo, fin connaisseur des dynamiques socio-économiques camerounaises, constitue un signal fort. Sa légitimité, à la fois technique et culturelle, pourrait accélérer l’acceptation du modèle Wave dans un écosystème habitué à des pratiques parfois opaques ou coûteuses.
Conclusion
En misant sur Joël Bertrand Ndjodo pour diriger ses opérations au Cameroun, Wave franchit un cap stratégique dans son expansion continentale. Mais le chemin vers la rentabilité et la dominance sera semé d’embûches réglementaires, fiscales et concurrentielles.
La bataille des micro-frais ne fait que commencer. Sur ce marché dense mais encore friand d’innovation, seule une alliance entre technologie, résilience juridique et proximité sociale permettra à Wave de transformer sa percée en succès durable.
Pour aller plus loin :
- Orange Money baisse ses frais de retrait à 1 % : une riposte préventive face à MTN et Wave ?
- Wave déploie sa stratégie au Cameroun avec 77 milliards FCFA : vers une reconfiguration du mobile money en Afrique centrale
- Wave Au Cameroun : Quelle Menace Pour Orange Money Et MTN Mobile Money ?
- Wave débarque au Cameroun : CBC ouvre la voie à une révolution du mobile money






























































