Derrière les vidéos virales, les cadeaux virtuels et les promesses de revenus rapides, une nouvelle économie transforme l’image, l’attention et parfois l’intimité en ressources monétisables. Enquête sur l’une des mutations les plus profondes de l’Afrique numérique.
La nouvelle ruée vers l’or ne se trouve plus dans le sous-sol africain. Elle se trouve dans nos smartphones.
Il est 23h47 à Douala.
Dans une chambre éclairée par un anneau lumineux acheté à bas prix en ligne, Sarah — prénom modifié — ajuste son smartphone. Elle vérifie son maquillage, replace la caméra et relance un direct TikTok.
Sarah a 24 ans.
Elle vit à Douala.
Comme beaucoup de jeunes Africains, elle a découvert que son smartphone pouvait parfois rapporter plus qu’un petit emploi.
Ce soir, elle espère gagner quelques milliers de francs CFA grâce à son direct.
Quelques secondes plus tard, les premiers spectateurs arrivent.
Les commentaires défilent.
Les notifications s’accumulent.
Quelqu’un envoie un cadeau virtuel.
Puis un autre.
Et encore un autre.
Derrière l’écran, plusieurs centaines de personnes regardent.
Derrière ces centaines de personnes, un algorithme classe, recommande et hiérarchise.
Et derrière cet algorithme, une industrie mondiale encaisse.
Cette scène se répète aujourd’hui à Yaoundé, Abidjan, Dakar, Kinshasa, Libreville ou Lagos. L’Afrique représente 11,9 % des utilisateurs actifs de TikTok dans le monde, soit environ 189,3 millions d’utilisateurs. Entre 2023 et 2025, plusieurs marchés africains ont connu une forte progression de l’usage de TikTok, y compris le Cameroun, le Gabon, la Côte d’Ivoire et la RDC.
Pour la première fois dans l’histoire du continent, une génération entière grandit dans un monde où l’attention humaine peut être transformée en argent presque instantanément. Cette révolution bouleverse bien plus que les réseaux sociaux : elle transforme le rapport à la réussite, à la célébrité, à l’intimité et, parfois, au corps lui-même.
- 189,3 millions d’utilisateurs TikTok en Afrique
- 70 % des créateurs monétisés sont des femmes
- 73,4 % des créateurs considèrent cette activité comme un revenu complémentaire
- 28 % de croissance annuelle des dépenses OnlyFans en Afrique du Sud
- 75 % des revenus OnlyFans sont captés par les 10 % de créateurs les plus performants
Sarah est un prénom modifié inspiré de plusieurs trajectoires observées dans l’écosystème numérique africain. Certains détails ont été ajustés pour protéger l’anonymat.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement TikTok, Instagram ou OnlyFans. C’est une transformation silencieuse de la manière dont une génération entière perçoit le travail, la réussite et sa propre valeur.
Le corps est-il devenu une monnaie ?
C’est peut-être la question la plus dérangeante soulevée par cette enquête.
Dans l’économie numérique moderne, tout semble pouvoir être converti en valeur : le temps, l’attention, les émotions, la créativité, l’humour, la connaissance, et parfois même l’image personnelle. Pour certains, cette évolution représente une forme inédite d’autonomie économique ; pour d’autres, elle marque l’entrée dans une société où les frontières entre identité, visibilité et commerce deviennent plus floues.
Une chose paraît certaine : les réseaux sociaux n’ont pas créé le désir de réussite rapide. Ils lui ont offert une infrastructure mondiale, des outils de diffusion massifs et des mécanismes de monétisation qui peuvent donner l’impression qu’une ascension fulgurante reste à portée de main.
Le jour où l’image est devenue une ressource
Pendant des décennies, les modèles de réussite semblaient relativement lisibles : l’école, le diplôme, l’administration, le commerce, l’entreprise ou l’entrepreneuriat classique.
Aujourd’hui, un autre chemin s’est ouvert. Sur TikTok, Instagram ou Snapchat, la visibilité est devenue une ressource économique. Chaque vue, chaque clic, chaque minute d’attention possède une valeur potentielle dans l’économie des plateformes.
Le phénomène est particulièrement visible chez une partie de la jeunesse féminine urbaine. En Afrique, 70 % des personnes qui monétisent leur contenu sur les réseaux sont des femmes selon les données reprises par Vanguard, avec des proportions atteignant 78 % sur Instagram et 76 % sur TikTok. Pourtant, malgré cette présence majoritaire, les femmes restent souvent moins bien rémunérées que les hommes dans l’économie créative numérique.
| Plateforme | Part estimée de femmes créatrices |
|---|---|
| 78 % | |
| TikTok | 76 % |
| YouTube | 69 % |
À mesure que ses abonnés augmentent, Sarah découvre une réalité rarement mise en avant par les plateformes : plus l’audience grandit, plus les attentes augmentent. Ce qui commence comme une simple quête de visibilité peut glisser vers une pression diffuse à séduire davantage, à se dévoiler un peu plus, ou à entretenir une proximité marchande avec des inconnus.
L’algorithme ne dort jamais
TikTok et Instagram ne sont pas de simples applications de divertissement. Ce sont des infrastructures de captation de l’attention, construites pour maximiser la rétention, l’engagement et la monétisation.
Chaque pause devant une vidéo, chaque commentaire, chaque partage, chaque seconde de visionnage alimente des systèmes qui apprennent ce qui retient le regard. Plus un contenu provoque une réaction immédiate, plus il a de chances d’être amplifié ; plus il est amplifié, plus il peut devenir rentable.
Une étude académique sur Instagram montre d’ailleurs que l’exposition corporelle a un impact positif mesurable sur les revenus publicitaires, avec des comptes à fort niveau de body exposure qui atteignent des prix de publication plus élevés. Cela ne signifie pas que tous les créateurs sexualisent leur contenu, mais cela montre que certains formats sont objectivement mieux récompensés que d’autres.
Ce que tout le monde critique mais que tout le monde regarde
Voici l’un des paradoxes les plus puissants de cette révolution numérique. Dans de nombreuses familles africaines, certains contenus sont dénoncés avec virulence, au nom de la morale, de la dignité ou des valeurs sociales.
Pourtant, les contenus les plus critiqués figurent aussi parmi les plus consultés. Les vidéos les plus controversées sont souvent celles qui génèrent le plus de commentaires, de captures d’écran, de partages et d’indignation publique.
Or, pour les plateformes, l’indignation reste une forme d’engagement. Et l’engagement nourrit la visibilité. Cette contradiction crée une économie du regard où la réprobation sociale peut, paradoxalement, contribuer à la valorisation marchande du contenu condamné.
Quand les réseaux sociaux deviennent une vitrine
L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à croire que TikTok ou Instagram représentent la destination finale. Dans bien des cas, ils ne sont que la vitrine.
Les plateformes servent à construire une audience, attirer l’attention, susciter la curiosité et créer une communauté. Une fois cette audience acquise, certains créateurs redirigent leurs abonnés vers des espaces plus privés : liens d’abonnement, groupes fermés, messageries, contenus exclusifs ou plateformes tierces.
Pour Sarah, TikTok n’est pas forcément l’endroit où l’argent se fait. C’est souvent l’endroit où l’audience se construit. Le smartphone devient alors une vitrine commerciale, une caisse enregistreuse et, dans certains contextes de précarité, un outil de survie économique.
Quand les abonnés deviennent des clients
Dans l’économie classique, une audience est un public.
Dans l’économie numérique, une audience est aussi un marché.
Chaque nouvel abonné représente un client potentiel.
Chaque message privé peut devenir une opportunité commerciale.
Chaque interaction possède une valeur monétisable.
C’est précisément cette transformation qui explique pourquoi certains créateurs investissent autant dans leur visibilité.
Pour Sarah, 10 000 abonnés ne signifient pas seulement de la notoriété. Ils représentent aussi des portes d’entrée vers un futur paiement, un produit numérique, un service, un contenu exclusif ou une transaction privée.
Les plateformes n’ont rien de neutre dans cette évolution. TikTok propose des cadeaux virtuels convertibles en argent. Instagram teste ou déploie des abonnements payants selon les marchés. D’autres services permettent de prolonger la relation commerciale hors plateforme.
Le résultat est progressif mais puissant : certains créateurs apprennent à voir leur audience non plus seulement comme une communauté, mais comme un portefeuille de clients potentiels.
La zone grise : entre influence, séduction et monétisation de l’intimité
C’est le point le plus important de cette enquête. La plupart des créateurs n’utilisent jamais OnlyFans. Beaucoup cherchent simplement à monétiser leur audience via la publicité, les partenariats de marque, les cadeaux virtuels, l’affiliation ou les abonnements premium. D’autres explorent des formes plus controversées de monétisation, à la frontière entre influence, marketing de la séduction, contenus privés et monétisation de l’intimité.
Entre influence, création de contenu, séduction marketing, contenus exclusifs et modèles d’abonnement, les frontières deviennent difficiles à tracer. La réalité est donc plus complexe qu’un simple schéma « TikTok vers nudité puis OnlyFans ».
Le mécanisme peut souvent ressembler à ceci :
Pour un lecteur africain, cette zone grise est essentielle, car elle montre que la monétisation du corps n’est pas toujours frontale ni revendiquée comme telle. Elle peut s’inscrire dans un continuum allant du contenu glamour à la monétisation explicite de l’intimité.
OnlyFans : la promesse d’un raccourci
OnlyFans joue un rôle central dans l’imaginaire de cette économie, même si tous les créateurs n’y sont pas présents. En Afrique du Sud, la plateforme connaît une forte croissance, avec près de 10 000 créateurs sud-africains et une progression annuelle des dépenses de 28 % selon SAPeople.
Les abonnés payants sont massivement basés aux États-Unis et au Royaume-Uni. En 2025, les États-Unis auraient dépensé à eux seuls 2,64 milliards de dollars sur la plateforme, contre 531 millions pour le Royaume-Uni. Les abonnés seraient majoritairement masculins, à hauteur de 87 %, et souvent âgés de 25 à 34 ans.
Pour certaines créatrices sud-africaines, ces flux représentent de la devise forte en provenance de marchés plus riches. Les revenus déclarés varient fortement, allant de quelques milliers de dollars par an à plus de 100 000 dollars pour une minorité très visible. Mais le revenu moyen reste bien plus modeste, autour de 131 dollars par mois, tandis que le top 10 % concentre 75 % des revenus.
Autrement dit, la promesse d’enrichissement rapide existe, mais elle profite surtout à une minorité. Pour Sarah, qui peut parfois gagner quelques milliers de francs CFA lors d’une soirée de direct, cette promesse reste pourtant puissamment attractive.
Quand l’argent vient de l’étranger
Cet aspect est crucial pour comprendre la logique géopolitique du phénomène. Une partie importante de cette économie repose sur des consommateurs situés hors du continent, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni dans le cas d’OnlyFans.
En d’autres termes, une partie de cette économie fonctionne comme une exportation numérique invisible : des créateurs africains produisent localement du contenu consommé et financé par des audiences situées à des milliers de kilomètres.
Autrement dit, des créatrices africaines peuvent produire localement du contenu, mais dépendre économiquement d’audiences étrangères disposant d’un pouvoir d’achat bien supérieur. La monétisation de l’image, de la proximité numérique et parfois de l’intimité s’inscrit alors dans une relation transnationale asymétrique, où la valeur est souvent définie ailleurs.
Ce décalage renforce l’impression d’une économie mondialisée dans laquelle l’Afrique fournit des créateurs, des audiences et des données, sans contrôler pleinement les infrastructures ni les marchés les plus rémunérateurs.
Le contexte économique : pourquoi l’argent rapide attire
Ce phénomène ne peut pas être compris sans son contexte économique. Le taux de chômage des jeunes en Afrique subsaharienne se situe autour de 10,7 % en 2025 selon la série suivie par FRED, mais ce chiffre masque de très fortes disparités entre pays.
| Pays | Taux de chômage des jeunes |
|---|---|
| Afrique du Sud | 60,9 % |
| Gabon | 36,0 % |
| Kenya | 11,9 % |
| Cameroun | 6,2 % |
| Nigeria | 5,1 % |
En Afrique du Sud, SAPeople évoque 7,8 millions de personnes sans emploi et un chômage officiel de 31,4 %, ce qui pousse davantage de personnes vers des revenus alternatifs hors du marché du travail traditionnel. Dans ce contexte, 73,4 % des créateurs africains considèrent la création de contenu comme un side hustle plutôt qu’un métier à plein temps.
Sarah appartient à cette économie d’appoint. Ses revenus sont irréguliers, son audience est volatile et sa dépendance aux plateformes reste presque totale. Ce n’est pas une success story garantie ; c’est une stratégie de survie dans une économie instable.
Le grand mirage de la célébrité numérique
Les réseaux sociaux racontent admirablement bien les histoires de réussite. Chaque jour, les utilisateurs voient défiler des influenceurs en voyage, dans des appartements haut de gamme, avec des partenariats prestigieux et des signes visibles de réussite.
Ce que l’on voit beaucoup moins, ce sont les milliers de créateurs qui investissent du temps, du matériel et des forfaits internet sans jamais atteindre la visibilité promise. Comme dans toutes les économies de la célébrité, les gagnants sont surexposés, tandis que les perdants restent invisibles.
Les top créateurs au Nigeria, au Kenya et en Afrique du Sud peuvent gagner entre 1 000 et 5 000 dollars par mois en diversifiant leurs revenus via les cours en ligne, les collaborations de marque, les conférences ou la vente de produits. Mais cette vitrine masque une réalité beaucoup plus rude pour la majorité.
Deux ans plus tard, Sarah pourrait dépasser les 100 000 abonnés sans pour autant stabiliser ses revenus. Dans l’économie de l’attention, la visibilité n’offre jamais une garantie durable.
La réputation numérique, un risque durable
C’est l’un des aspects les plus sous-estimés de cette économie. Contrairement à un emploi perdu ou à une entreprise fermée, une image publiée sur Internet peut continuer à circuler pendant des années. Les captures d’écran, les archives, les republications et les systèmes de recherche alimentés par l’intelligence artificielle rendent la suppression complète de certains contenus pratiquement impossible.
Autrement dit, la monétisation immédiate peut produire un coût différé très lourd. Un contenu diffusé pour gagner de l’argent aujourd’hui peut réapparaître demain dans un autre contexte, devant un employeur, une famille, un conjoint, une administration ou un public plus large.
Dans le cas de Sarah, ce risque n’est pas abstrait. Il pèse sur sa réputation future, sur sa capacité à redéfinir son identité et sur sa liberté de sortir un jour de cette économie sans en porter durablement les traces.
Les risques invisibles : santé mentale, violences et stigmatisation
Les femmes qui exposent leur image sur les réseaux sociaux font face à des risques spécifiques. Un policy brief de Research ICT Africa souligne des cas de partage non consensuel d’images intimes, des effets négatifs sur la santé mentale et un manque de confiance dans la capacité des plateformes à faire respecter leurs propres règles.
L’exposition à la misogynie en ligne est associée à l’anxiété, à la dépression, à une baisse de l’estime de soi et, dans certains cas, à l’automutilation, notamment chez les adolescentes selon la littérature recensée par PROSPERO. À cela s’ajoute la menace croissante de contenus générés par l’IA, qui peuvent intensifier le harcèlement, les atteintes à la réputation et les violences symboliques.
Sarah ne parle que partiellement de son activité à sa famille. Elle craint le jugement, la stigmatisation, la fuite de contenus hors de son contrôle et le chantage. Dans cette économie, la visibilité n’est jamais seulement une opportunité ; elle peut aussi devenir une vulnérabilité.

La colonisation silencieuse de l’attention africaine
Pendant que les créateurs africains se battent pour quelques secondes de visibilité, une autre bataille se joue à l’arrière-plan. L’Afrique produit des millions d’heures de contenus, des milliards de vues et une masse considérable de données comportementales ; pourtant, elle contrôle très peu des infrastructures, des algorithmes et des régies publicitaires qui organisent cette économie.
Autrement dit, le continent alimente la nouvelle économie mondiale de l’attention sans en maîtriser les centres de pouvoir. Les plateformes, les systèmes de recommandation et la captation principale de la valeur restent largement concentrés hors d’Afrique.
Sarah ne le voit pas à l’écran, mais chaque live, chaque interaction et chaque donnée d’audience participe à une chaîne de valeur qui dépasse largement Douala, Yaoundé ou Abidjan.
Quelles alternatives pour les créatrices ?
L’enjeu n’est pas de condamner en bloc les créatrices, ni de diaboliser la technologie. Il s’agit plutôt d’identifier des alternatives plus soutenables, plus protectrices et moins dépendantes de la mise en scène de l’intimité.
Les recommandations qui émergent des sources consultées vont dans quatre directions principales :
- Réduire l’écart de rémunération entre femmes et hommes dans les partenariats de marque.
- Investir davantage dans les créateurs africains, alors que le financement reste très inférieur à celui observé dans les marchés occidentaux.
- Diversifier la monétisation vers les cours en ligne, les produits numériques, les événements, les services ou les contenus éducatifs.
- Renforcer les mécanismes de protection contre le harcèlement, le revenge porn, la fuite de contenus et les abus liés à l’IA.
Pour KAMERANDROID et, plus largement, pour l’écosystème tech africain, la vraie question n’est donc pas seulement de savoir qui expose son corps. Elle consiste à comprendre quelles infrastructures, quels modèles économiques et quelles protections peuvent permettre à la jeunesse de monétiser son talent sans devoir toujours monétiser son intimité.
Le véritable prix de la visibilité
La question n’est pas de savoir si les réseaux sociaux sont bons ou mauvais. La question est de comprendre ce qu’ils transforment.
Pour la première fois, une génération entière apprend à mesurer sa valeur à travers des indicateurs numériques : vues, likes, abonnés, partages, taux d’engagement, cadeaux virtuels et statistiques. Dans cet univers, l’attention devient une monnaie, l’image devient un actif, et parfois l’intimité elle-même se transforme en ressource économique.
Il est presque minuit à Douala.
Sarah termine son direct.
Quelques cadeaux virtuels sont tombés.
Quelques nouveaux abonnés sont arrivés.
Demain, elle recommencera.
Comme des millions d’autres jeunes Africains, elle évolue dans un monde où l’attention peut être transformée en argent, où l’image peut devenir un actif économique et où l’intimité elle-même possède désormais une valeur marchande.
La question n’est plus de savoir si cette révolution est en marche.
Elle l’est déjà.La véritable question est de savoir qui en écrira les règles.
Dans l’Afrique numérique de 2026, la ressource la plus convoitée n’est peut-être plus le pétrole, l’or ou le cacao. C’est désormais l’attention humaine.






























































