Le paiement mobile est un service qui permet d’effectuer des transactions financières à partir d’un téléphone portable, sans avoir besoin d’un compte bancaire. Au Cameroun, ce service connaît un essor remarquable depuis quelques années, grâce à la forte pénétration de la téléphonie mobile et à la diversification des offres proposées par les opérateurs télécoms et les établissements financiers.
Selon la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le nombre de comptes de paiement mobile au Cameroun est passé de 3,7 millions en 2015 à 12,8 millions en 2020, soit une progression de 246%. Le volume des transactions a également augmenté, passant de 1 074 milliards de francs CFA en 2015 à 3 242 milliards de francs CFA en 2020, soit une croissance de 202%. Le paiement mobile représente ainsi un moyen de bancarisation et d’inclusion financière pour une large frange de la population camerounaise, qui n’a pas accès aux services bancaires classiques.
Les principaux acteurs du paiement mobile au Cameroun sont les opérateurs télécoms Orange et MTN, qui proposent respectivement les services Orange Money et MTN Mobile Money. Ces services permettent aux utilisateurs d’envoyer et de recevoir de l’argent, de payer des factures, des impôts, des salaires, des achats en ligne ou chez des commerçants, ou encore de recevoir des transferts internationaux. Orange Money revendique le leadership du marché, avec 7 millions de comptes de paiement mobile et plus de 60 000 partenaires marchands et de distribution. MTN Mobile Money suit avec 6,5 millions de comptes et plus de 50 000 points de vente.

Outre les opérateurs télécoms, d’autres acteurs se sont positionnés sur le marché du paiement mobile au Cameroun, notamment les banques et les établissements de crédit. Ces derniers offrent des solutions de transfert d’argent via mobile, accessibles via des applications téléchargeables sur les smartphones. Parmi ces solutions, on peut citer M2U Money de la banque UBA Cameroon, Sara Money de la microfinance Express Union, ou encore EU Mobile Money de la banque Afriland First Bank. Ces solutions visent à concurrencer les services des opérateurs télécoms, en proposant des tarifs plus attractifs et des fonctionnalités plus innovantes.
Le paiement mobile au Cameroun présente donc de nombreuses opportunités, tant pour les utilisateurs que pour les prestataires. Il contribue à faciliter les transactions financières, à réduire les coûts et les délais, à stimuler l’activité économique, à créer des emplois, et à améliorer le bien-être des populations. Toutefois, le paiement mobile n’est pas sans risques, notamment en matière de sécurité et de régulation.
311 millions de francs CFA extorqués via les paiements mobiles
En effet, le paiement mobile est exposé à des menaces telles que la fraude, le vol, le piratage, ou encore le blanchiment d’argent. Selon le ministère de l’Administration territoriale (MINAT), 311 millions de francs CFA ont été extorqués via les paiements mobiles au Cameroun entre janvier et mars 2021, soit une moyenne de 3,4 millions de francs CFA par jour. Ces extorsions sont souvent liées à l’utilisation de cartes SIM non identifiées, qui permettent aux fraudeurs d’opérer en toute impunité. Pour faire face à ce phénomène, le MINAT a ordonné l’identification immédiate des cartes SIM au Nord-Ouest, au Sud-Ouest et à l’Extrême-Nord, trois régions en proie à des crises sécuritaires, dans un délai de 60 jours à compter du 30 mars 2024.
Par ailleurs, le paiement mobile pose des défis en matière de régulation, notamment au niveau de la supervision, de la protection des consommateurs, de la concurrence, ou encore de la fiscalité. Le cadre réglementaire du paiement mobile au Cameroun est régi par la loi n°2010/021 du 21 décembre 2010 relative aux activités de paiement électronique, qui confère à la BEAC le rôle de régulateur du secteur. Toutefois, cette loi date de plus de 10 ans et ne prend pas en compte les évolutions technologiques et les nouveaux acteurs du marché. Il existe donc un besoin de réformer et d’adapter le cadre réglementaire du paiement mobile au Cameroun, afin de garantir la sécurité, la transparence, l’équité et la pérennité du service.
En conclusion
Le paiement mobile au Cameroun est un secteur en pleine expansion, qui offre de multiples avantages, mais qui comporte également des risques et des défis. Il convient donc de renforcer la sécurité, la régulation et l’innovation du service, afin de maximiser son potentiel et de répondre aux besoins des utilisateurs.






























































