Orange a nommé Thierry Millet à la tête d’Orange Money Group. Avec plus de vingt ans d’expérience au sein du groupe et une filiale qui a géré 164 milliards d’euros de transactions en 2024, le géant du mobile money africain entre dans une phase décisive. Mais la concurrence de MTN et Wave, combinée à des régulations strictes, rend la mission ambitieuse.
Thierry Millet : l’architecte du changement
Thierry Millet n’est pas un simple remplaçant. Ancien EVP Mobile Financial Services entre 2011 et 2017, il a supervisé la première adoption massive des paiements mobiles et la création des premiers établissements de monnaie électronique en Afrique et au Moyen-Orient.
Après son passage à la tête d’Orange Tunisie, il revient avec un mandat clair : innover, sécuriser et conquérir. Fort de son parcours à l’École Polytechnique et à Télécom Paris, Millet affiche l’ambition de transformer Orange Money en véritable institution financière panafricaine. « Je suis fier de rejoindre Orange Money Group, un acteur clé de la transformation économique en Afrique », a-t-il déclaré.
Une guerre ouverte contre MTN et Wave
Orange Money domine le marché avec 100 millions de comptes et près de 85 000 milliards FCFA de transactions en 2024, mais la concurrence s’intensifie :
- MTN MoMo, avec plus de 5 millions d’utilisateurs au Cameroun, affiche une croissance de 22 % et des revenus de 26,4 milliards FCFA sur sa branche Mobile Money au premier semestre 2023. Wanda Matandela, Directeur général de MTN Cameroon, résume la pression : « Si vous aviez de telles sommes d’argent et qu’il ne vous soit pas possible d’y accéder, votre activité serait fortement perturbée. »
- Wave, disruptif avec sa politique de frais quasi nuls, revendique plus de 20 millions d’utilisateurs et 150 000 agents, obligeant Orange et MTN à revoir leurs modèles tarifaires.
La bataille est donc à la fois technologique, tarifaire et stratégique. La nomination de Thierry Millet s’inscrit dans une logique de défense des acquis et de lancement de la prochaine génération de services financiers digitaux.
Régulations strictes et cybersécurité : les obstacles à surmonter
Le mobile money africain fait face à une réalité incontournable : la fragmentation réglementaire. Chaque pays impose ses propres règles sur la lutte contre le blanchiment, la gestion des dépôts ou l’octroi de micro-crédits.
La BEAC, par exemple, encadre l’émission de monnaie électronique via le Règlement n°01/11-CEMAC/UMAC/CM, imposant des conditions strictes aux établissements de paiement. À cela s’ajoute la pression croissante sur la cybersécurité, un enjeu vital dans un contexte de multiplication des fraudes et attaques numériques.
La vision : faire d’Orange Money une banque digitale africaine
Thierry Millet ne se contente pas de consolider la filiale. Sa mission : transformer Orange Money en banque digitale panafricaine, avec plusieurs axes clés :
- Développer micro-crédits et épargne digitale pour toucher les non-bancarisés.
- Renforcer les paiements transfrontaliers pour concurrencer les circuits informels.
- Explorer les partenariats avec les néo-banques et intégrer les innovations liées aux CBDC (monnaies numériques de banque centrale).
La filiale Orange Money Cameroun SA, lancée en 2022, incarne cette ambition. L’obtention de l’agrément permet à Orange Money de déployer des services financiers avancés de manière autonome, sans passer par une banque partenaire, ouvrant la voie au micro-crédit, à l’épargne et aux paiements transfrontaliers.
Cameroun et Afrique centrale : un terrain d’expérimentation stratégique
Cette stratégie se matérialise déjà sur des marchés clés comme le Cameroun, où Orange affronte un MTN particulièrement offensif. Le pays représente un marché dynamique avec une pénétration record des services financiers mobiles. Orange Money y teste de nouvelles offres, notamment les paiements de factures et le micro-crédit, qui pourraient servir de modèle pour d’autres marchés africains.
L’Afrique centrale devient ainsi un laboratoire stratégique : conquérir ce marché pourrait donner à Orange Money l’élan nécessaire pour renforcer son leadership continental.
En résumé
La nomination de Thierry Millet marque un tournant stratégique majeur pour Orange Money. Entre concurrence féroce, régulation complexe et attentes clients en mutation, le chemin est exigeant. Mais la filiale ne se contente plus de gérer un géant : elle veut le réinventer et poser les bases d’une nouvelle ère pour la fintech africaine.
Pour aller plus loin :
- Wave Au Cameroun : Quelle Menace Pour Orange Money Et MTN Mobile Money ?
- Orange Money et MTN Mobile Money : comment mettre votre argent hors de danger ?
- Orange Money Réduit les Frais et Ouvre de Nouvelles Opportunités avec Mastercard
- Mystérieux Débits sur les Comptes Orange Money : Orange Cameroun S’explique Mais Laisse des Questions en Suspens
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- Orange Money et MTN Mobile Money : comment annuler un transfert d’argent en cas d’erreur































































