À un mois de la présidentielle, une question brûle toutes les lèvres : Paul Biya peut-il encore convaincre une jeunesse hyperconnectée qu’il peine à atteindre ? Malgré une activité soutenue sur Facebook et X depuis avril, le président de 92 ans se heurte à une réalité tenace : ses messages numériques ne suscitent presque aucun écho.
Une présence massive… mais un silence assourdissant
Avec plus d’un million d’abonnés sur ses réseaux, Paul Biya dispose en théorie d’un large auditoire. Cependant, les taux d’engagement sont faméliques, inférieurs à 0,5 % selon une estimation fondée sur l’outil DataReportal. Peu de commentaires, encore moins de partages : la machine numérique tourne à vide.
En comparaison, Paul Kagame au Rwanda génère dix fois plus d’interactions avec deux fois moins d’abonnés, tandis que Bola Tinubu au Nigeria séduit des millions de jeunes grâce à TikTok et Instagram. À Yaoundé, la communication reste figée dans un style institutionnel, plus proche du communiqué officiel que du post viral.
Un étudiant en master de sciences politiques à l’Université de Douala résume :
« Le problème, ce n’est pas qu’il publie. Le problème, c’est qu’il ne nous parle pas. »
Une jeunesse numérique, mais ignorée
Selon DataReportal 2025, le Cameroun compte 12 millions d’internautes, dont 8 millions actifs sur WhatsApp. Plus de 60 % de la population a moins de 25 ans. Pourtant, le président continue de miser sur Facebook et X, plateformes largement boudées par la Gen Z camerounaise.
Un créateur de contenu numérique à Yaoundé, Steve Mbang, influenceur tech suivi par 120 000 abonnés sur TikTok, confirme :
« On veut du concret, pas des photos de cérémonies. Sur WhatsApp et TikTok, tu dois être direct, court et vrai. Sinon, on scrolle. »
Un fossé de confiance
Les publications présidentielles, perçues comme dépersonnalisées et rédigées par ses équipes, manquent d’authenticité. Les commentaires critiques sont parfois supprimés, alimentant l’impression d’un dialogue unilatéral.
Résultat : une fracture numérique. Le président parle, mais la jeunesse scrolle.
Chiffres clés — Engagement digital au Cameroun
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12 millions d’internautes actifsSource : DataReportal 2025
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8 millions d’utilisateurs réguliers de WhatsAppCanal privilégié de la jeunesse mobile-first
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60 % de la population a moins de 25 ansSource : INS, 2024
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Engagement moyen des posts présidentiels : < 0,5 %Observation : faible interaction malgré une large audience
Les initiatives gouvernementales : un pas timide
Le Digital Citizenship Festival 2025, organisé par le gouvernement, a permis de sensibiliser 10 000 jeunes à la citoyenneté numérique et de former 1 500 « éducateurs pairs ». Louable, certes, mais jugé insuffisant.
Car d’autres acteurs locaux prouvent que la jeunesse peut être mobilisée en ligne. Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) mise sur des groupes WhatsApp pour organiser ses sympathisants. Certains ministres, comme Minette Libom Li Likeng (Postes et Télécommunications), sont actifs sur TikTok et abordent la cybersécurité de manière vulgarisée. Des collectifs citoyens comme #StopBokoHaram utilisent les réseaux pour sensibiliser et recruter des volontaires.
Ainsi, des modèles existent déjà au Cameroun ; l’exemple ne vient tout simplement pas du sommet de l’État.
L’éclairage des experts
Pour le sociologue camerounais Jules Ngongang, spécialiste en communication politique :
« La politique contemporaine ne se joue plus seulement dans les meetings, mais aussi dans les micro-espaces numériques. Ignorer WhatsApp et TikTok, c’est ignorer le cœur battant de l’opinion publique camerounaise. »
Quelles solutions concrètes ?
Pour combler ce retard, plusieurs pistes s’imposent :
- Humaniser le message : diffuser des vidéos courtes où Paul Biya s’adresse directement à la jeunesse, sans filtre institutionnel.
- Créer de l’interaction : organiser des sessions Q&A en direct sur Facebook Live ou TikTok.
- Mobiliser les influenceurs locaux : s’appuyer sur des créateurs populaires pour relayer des messages ciblés.
- Diversifier les canaux : investir massivement dans WhatsApp, TikTok et Instagram.
- Mettre en avant des plans concrets : emploi, lutte contre la corruption, cybersécurité — autant de sujets qui résonnent auprès des jeunes électeurs.
Conséquences politiques
Si la fracture numérique persiste, elle pourrait avoir un impact tangible sur le scrutin d’octobre. Les urnes pourraient sanctionner un fossé générationnel : une jeunesse frustrée, se sentant ignorée, pourrait soit s’abstenir massivement, soit se tourner vers des alternatives plus en phase avec son langage et ses préoccupations.
En ligne comme hors ligne, le constat est clair : la présidentielle 2025 ne se jouera pas seulement dans les meetings, mais aussi sur les écrans.

En résumé
Paul Biya veut incarner un président connecté. Mais face à une génération mobile-first, sa communication reste trop institutionnelle et trop distante. Sans une révolution digitale, la fracture risque de se transformer en sanction politique.
Et une question demeure : si ce n’est pas la jeunesse, qui votera pour lui en 2025 ?
Pour aller plus loin :
- Présidentielle 2025 : Les enjeux numériques des élections camerounaises
- Cameroun : Paul Biya dit non à la privatisation de Camtel
- Réseaux sociaux : près de 500 faux comptes de personnalités publiques fermés
- Cameroun – Désinformation numérique : autopsie d’un faux communiqué attribuant à Brenda Biya un rôle ministériel
- Cameroun – 20 Mai 2025 : Quand le Tribalisme Numérique Sabote l’Unité Nationale
- Présidentielle 2025 : le site de dons du FSNC victime d’une cyberattaque ciblée
- Présidentielle 2025 : Vérifiez Votre Inscription en Quelques Clics grâce à la Nouvelle Plateforme d’ELECAM
- ELECAM hors ligne : une panne inquiétante à l’approche de la présidentielle 2025






























































