Alors que le Cameroun entre dans une période électorale sous haute tension, le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) fait face à une série d’incidents numériques majeurs. Piratage de son site de collecte de fonds, suspension inexpliquée de sa page Facebook officielle, et publication d’un document dévoyé visant à nuire à l’image de son président national : ces événements illustrent la vulnérabilité croissante des partis politiques face aux cybermenaces et à la désinformation numérique.
Une plateforme en ligne paralysée
C’est par voie de communiqué que le président national du FSNC, Issa Tchiroma Bakary, a alerté l’opinion publique sur ce qu’il qualifie de manœuvres coordonnées visant à déstabiliser son parti. En ligne de mire : le site fsnc.cm/faire-un-don, récemment mis en place pour faciliter la collecte de contributions citoyennes en vue de l’élection présidentielle de 2025.
Selon les responsables du parti, cette plateforme a été « piratée », rendant impossible toute opération de don. L’attaque, dont la nature technique n’a pas été précisée, a neutralisé un levier central de la stratégie numérique du FSNC, qui misait sur un financement participatif pour asseoir son indépendance financière et renforcer sa visibilité.


Une désactivation problématique sur Facebook
En parallèle, la page Facebook officielle du parti a été suspendue sans préavis. Cette désactivation prive momentanément le FSNC de son principal canal de communication numérique, utilisé pour relayer ses activités, mobiliser ses militants et interagir avec le grand public. Dans un pays où Facebook demeure le réseau social dominant, avec plus de 10 millions d’utilisateurs actifs, cette mesure a des conséquences politiques directes.
Le parti dénonce un acte de sabotage numérique concerté. L’hypothèse d’une campagne de signalements massifs ayant entraîné une suspension automatique n’est pas exclue, même si Meta n’a pas, à ce stade, fourni de justification officielle.

Issa Tchiroma Bakary, le président national du FSNC | Photo : Capteuse / Wikipedia
Campagne de désinformation : le FSNC réagit
Le FSNC a également dénoncé la diffusion d’un document présenté comme émanant de son président national, accusé à tort d’avoir recommandé de favoriser les profils du Centre et du Sud au détriment des ressortissants du Septentrion. Dans un communiqué publié le 1er juillet 2025, le parti dément formellement cette interprétation et dénonce une manœuvre visant à nuire à son image.
Le document, souligne le FSNC, est tiré d’un contexte ancien et profondément dévoyé, datant d’une période où Issa Tchiroma Bakary, alors membre du gouvernement, avait été « trompé, aliéné et instrumentalisé par des forces conservatrices du régime en place ». Le parti rappelle que ces pratiques sont incompatibles avec ses idéaux fondés sur l’équité, la justice sociale et l’égalité des chances.


Cybersécurité politique : un talon d’Achille au Cameroun
Ces événements soulèvent des questions fondamentales sur la maturité numérique des partis politiques camerounais. Très peu disposent aujourd’hui d’une équipe technique interne, d’un audit régulier de sécurité ou de protocoles de défense contre les intrusions.
Les cyberattaques visant des entités politiques ne sont pas nouvelles sur le continent. Plusieurs rapports, dont celui de l’African Internet Rights Observatory publié en 2024, soulignent une augmentation de 38 % des actes de cyber-influence, de piratage ciblé ou de désinformation numérique en Afrique subsaharienne à l’approche des élections nationales.
Dans le cas du FSNC, plusieurs vecteurs d’attaque sont envisageables : déni de service distribué (DDoS), injection de code malveillant via une faille CMS, ou compromission d’identifiants administrateurs par phishing. L’absence de dispositifs de détection automatisée ou de pare-feux applicatifs laisse ces structures particulièrement exposées.
Dépendance structurelle aux plateformes étrangères
Au-delà de la question de la sécurité, ces incidents remettent en question la souveraineté numérique des formations politiques africaines. Le recours quasi-systématique à des solutions étrangères – hébergements internationaux, processeurs de paiement occidentaux, réseaux sociaux américains – rend ces entités vulnérables à des décisions unilatérales, voire à des actions extérieures non documentées.
Dans le contexte camerounais, rares sont les partis ayant développé ou hébergé leurs outils sur des infrastructures locales, ou recouru à des alternatives libres décentralisées (type Mastodon, PeerTube ou CRM open source). La suspension d’un compte Facebook ou l’indisponibilité d’un site hébergé à l’étranger peut ainsi neutraliser une campagne numérique entière en quelques heures.
Cartographie comparative : l’état du numérique dans les partis politiques camerounais
| Parti politique | Plateforme de dons | Réseaux sociaux principaux | Dispositif de cybersécurité |
|---|---|---|---|
| FSNC | fsnc.cm/don | Facebook (suspendu) | Inexistant (attaque subie) |
| MRC | Aucun | Telegram, YouTube | Partiel (usage de VPN) |
| PCRN | Aucun | Facebook, WhatsApp | Données non publiques |
| RDPC | Aucun | Facebook, site officiel | Non documenté |
Ce tableau, non exhaustif, met en lumière une absence généralisée de stratégie numérique offensive ou défensive, malgré la montée en puissance des campagnes électorales en ligne.
Vers une réponse technique collective ?
Pour les experts en cybersécurité, ces événements devraient servir de déclencheur. À mesure que le numérique devient un terrain politique central, la nécessité d’une approche structurée se fait pressante. Plusieurs pistes émergent : mise en place de Computer Emergency Response Teams (CERT) spécifiques aux partis, mutualisation des ressources techniques, adoption d’outils open source souverains, ou encore développement de plateformes de communication alternatives, chiffrées et auto-hébergées.
Des initiatives internationales comme Tactical Tech, ou locales comme le Programme d’accélération de l’e-gouvernance de l’UA, proposent déjà des outils et des guides pour accompagner la transition numérique sécurisée des acteurs politiques en Afrique.
Une responsabilité partagée avec l’écosystème tech local
La réponse ne peut venir uniquement des structures partisanes. La communauté tech camerounaise – développeurs, administrateurs système, enseignants-chercheurs, startups – a un rôle central à jouer dans la sécurisation de l’espace politique numérique. L’élaboration de solutions sur mesure, adaptées aux réalités locales et résilientes face aux risques géopolitiques, devient un impératif démocratique.
Au-delà du cas du FSNC, c’est l’ensemble du champ politique national qui doit être repensé à travers le prisme de la sécurité numérique, de la souveraineté technologique et de l’indépendance des outils.
Pour aller plus loin :
- Présidentielle 2025 : Les enjeux numériques des élections camerounaises
- Présidentielle 2025 : Vérifiez Votre Inscription en Quelques Clics grâce à la Nouvelle Plateforme d’ELECAM
- ELECAM hors ligne : une panne inquiétante à l’approche de la présidentielle 2025
- Présidentielle 2025 : MTN suspend puis rétablit la collecte de fonds de Maurice Kamto
- Crise de la connectivité au Cameroun : MTN interpellé publiquement, les réseaux sous tension à l’approche de la présidentielle
- Orange Cameroun cède sous la pression du MRC : retour sur un bras de fer politico-économique
- Boycott d’Orange Money : Un tournant pour le Mobile Money au Cameroun ?
- Cybercriminalité au Cameroun : un faux DG d’Afriland First Bank tente d’exploiter les failles humaines du numérique
- Cameroun – Prix Spécial du Président : 16 Startups en Lice pour Réinventer le Numérique Local





























































