Le mécontentement d’un usager influent vis-à-vis de son fournisseur d’accès à Internet n’est pas un fait isolé au Cameroun. Mais lorsqu’il implique une figure publique à quelques jours d’un rendez-vous politique majeur, la plainte prend une résonance nationale. C’est le cas de Michel NGATCHOU, animateur, journaliste et homme politique, qui a publiquement interpellé MTN Cameroun sur Facebook, dénonçant la dégradation continue de la qualité de connexion.
Cet incident relance le débat sur la performance du réseau internet au Cameroun, les ruptures répétées de la fibre optique sous la gestion de CAMTEL, et les dysfonctionnements persistants chez les principaux opérateurs : MTN, Orange et CAMTEL.
Un avertissement viral à MTN Cameroun
Dans une publication Facebook postée mardi 27 mai, Michel NGATCHOU, suivi par près de 79 000 abonnés Facebook et 20 000 sur TikTok, fustige l’opérateur MTN pour l’inefficacité de son forfait « illimité » qui, selon lui, ne lui permet plus de travailler depuis deux semaines.
Mais au-delà de la plainte technique, le message prend une tournure politique : l’internaute prévient qu’il utilisera ses réseaux sociaux pour massivement relayer le meeting du 31 mai 2025 du Pr Maurice Kamto, qu’il qualifie de « futur président du Cameroun », si la situation n’est pas rétablie.
« Mtn me voilà mes avertissements ! Nous sommes Mardi, arrange-toi ! », conclut-il.
Une réponse standardisée, mais insuffisante ?
En commentaire, MTN Cameroun, par l’intermédiaire d’un agent nommé Jose, a présenté ses excuses et demandé des informations supplémentaires (localisation, numéro de la box, photo de l’équipement allumé, etc.) pour une prise en charge via WhatsApp.
Bien que conforme aux procédures classiques du support client, cette réponse semble en décalage avec la frustration exprimée par des milliers d’abonnés confrontés à des pannes fréquentes, souvent inexpliquées, et à une baisse générale de qualité de service dans les grandes villes comme dans les zones rurales.

Une crise plus large : fibre optique, saturation, et manque de régulation efficace
Si MTN est ici ciblé, la problématique dépasse largement un seul opérateur. Le réseau internet camerounais souffre depuis plusieurs années de coupures régulières liées :
- aux incidents récurrents sur la dorsale nationale de fibre optique, sous la responsabilité de CAMTEL ;
- aux coupures sous-marines des câbles SAT3, WACS et désormais SAIL, dont dépend l’interconnexion internationale ;
- à une surcharge croissante des infrastructures face à une demande numérique en explosion.
Ces défaillances techniques se traduisent par des ralentissements brutaux, des pannes prolongées, voire des interruptions complètes de service, parfois plusieurs jours d’affilée.
L’ART et le MINPOSTEL en alerte, mais peu de résultats visibles
Les griefs des consommateurs ne sont pas passés inaperçus. L’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) a, à plusieurs reprises, adressé des mises en demeure aux opérateurs, exigeant une amélioration de la couverture, de la qualité de service et du service après-vente.
Le MINPOSTEL, ministère de tutelle, a également initié des consultations sectorielles et annoncé des audits de performances des réseaux. Toutefois, sur le terrain, peu d’effets concrets sont ressentis à ce jour par les abonnés.
Selon un rapport interne de l’ART publié en janvier 2025, plus de 65 % des plaintes enregistrées par les usagers concernaient des problèmes de connexion internet (pannes, lenteurs, débits réels inférieurs aux débits annoncés).
À la croisée du numérique et du politique
L’affaire Michel NGATCHOU illustre aussi un basculement plus large : la connexion internet est devenue un enjeu politique et démocratique. À l’approche des élections, l’accès stable et équitable aux plateformes numériques est essentiel pour la participation citoyenne, l’information, et la mobilisation.
Lorsque les dysfonctionnements techniques interfèrent avec l’expression politique — volontairement ou non — ils soulèvent inévitablement la question de la neutralité du réseau, dans un pays où les restrictions numériques ponctuelles ont déjà été observées par le passé lors de périodes sensibles.
En résumé
L’interpellation de MTN Cameroun par Michel NGATCHOU dépasse le simple cadre d’un litige client. Elle met en lumière une crise plus profonde dans le secteur des télécoms au Cameroun : infrastructures fragiles, opérateurs sous pression, autorités de régulation souvent inefficaces, et un climat politique de plus en plus connecté.
À l’heure où le pays se prépare à une échéance électorale majeure, garantir une connectivité fiable, accessible et transparente devient une condition sine qua non pour assurer la participation citoyenne et la liberté d’expression dans l’espace numérique.
Pour aller plus loin :
- Présidentielle 2025 : MTN suspend puis rétablit la collecte de fonds de Maurice Kamto
- Boycott massif d’Orange Cameroun après le refus d’un compte Mobile Money au MRC de Maurice Kamto
- Orange Cameroun cède sous la pression du MRC : retour sur un bras de fer politico-économique
- Boycott d’Orange Money : Un tournant pour le Mobile Money au Cameroun ?






























































