À six mois de l’élection présidentielle prévue en octobre 2025, l’organe en charge de l’organisation des scrutins au Cameroun, Élections Cameroon (ELECAM), brille par une absence numérique inquiétante. Son site officiel, www.elecam.cm, est totalement inaccessible depuis plusieurs semaines, tout comme la plateforme file.elecam.cm, censée permettre aux électeurs de vérifier leur inscription sur les listes électorales.
Aucune communication officielle n’a été faite à ce jour pour expliquer cette coupure prolongée. Pourtant, dans un contexte électoral tendu, l’opacité de l’institution alimente rumeurs et soupçons. Selon plusieurs indiscrétions, le site d’ELECAM aurait été victime d’un piratage. Si cette hypothèse se confirme, elle soulèverait de graves préoccupations quant à la sécurité des données personnelles des millions de Camerounais inscrits sur les listes électorales.
Données sensibles, protection minimale
Une enquête publiée récemment par Jeune Afrique révèle que la plateforme mise en place par ELECAM exposait de manière inquiétante les informations personnelles des électeurs – noms, prénoms, adresses, lieux de naissance… Autant de données sensibles accessibles en quelques clics, sans protection apparente ni chiffrement.
En somme, une véritable mine d’or pour les cybercriminels. Et une légèreté coupable de la part d’un organe censé garantir l’intégrité du processus démocratique.
Silence et antécédents troublants
Ce n’est pas la première fois qu’ELECAM se retrouve mêlé à un incident de cybersécurité. En 2020, le compte Facebook officiel de l’institution avait été piraté, avec à la clé des messages favorables à l’opposition publiés par les auteurs du hack. À l’époque, plusieurs suspects avaient été interpellés. Pourtant, malgré cet antécédent, rien ne semble avoir été mis en œuvre pour sécuriser de façon sérieuse les systèmes numériques d’ELECAM.
Aujourd’hui, face à la disparition du site officiel et à l’absence de transparence, les questions s’accumulent : ELECAM est-elle prête pour le scrutin d’octobre ? Ses systèmes d’information sont-ils suffisamment robustes pour résister à d’éventuelles cyberattaques ? Et surtout, pourquoi ce mutisme alors que la confiance des électeurs est déjà en berne ?
Une crise de confiance
Le climat est d’autant plus délétère que la Cour d’appel du Centre a récemment débouté le MRC (Mouvement pour la Renaissance du Cameroun), qui demandait la publication des listes électorales. La justice s’est déclarée incompétente, un argument soufflé par ELECAM elle-même.
Alors que l’organisation des élections nécessite transparence, rigueur et accessibilité, l’attitude actuelle d’ELECAM tranche avec les standards internationaux en matière de gouvernance électorale. L’absence de réaction officielle à cette panne prolongée donne le sentiment d’un système électoral verrouillé, voire dysfonctionnel, à quelques mois d’un scrutin majeur.
Dans une démocratie en quête de crédibilité, cette situation est tout simplement intolérable. Le temps presse pour qu’ELECAM sorte de son silence et rétablisse non seulement ses services en ligne, mais surtout la confiance des électeurs.































































