La reprise de la coopération numérique entre le Cameroun et le Tchad marque une étape décisive pour la stabilité et le développement des infrastructures télécoms dans la région. Après plusieurs années de tensions, notamment dues à une dette colossale estimée à plusieurs milliards de FCFA, CAMTEL et SOTEL, avec l’appui des régulateurs ART et ARCEP, ont lancé en mai 2025 une série de rencontres techniques visant à renouer le dialogue et rétablir un service fiable d’interconnexion et de roaming dans la zone CEMAC.
Soutenue par Minette Libom Li Likeng, Ministre des Postes et Télécommunications du Cameroun, et Michel Boukar, Ministre des Postes, Télécommunications et Économie Numérique du Tchad, cette relance s’inscrit dans une volonté commune de renforcer la connectivité transfrontalière, au bénéfice des citoyens, des entreprises et des économies nationales.
Contexte et origines des tensions
En 2023, CAMTEL avait coupé l’accès Internet au Tchad en raison d’une dette impayée estimée à plusieurs milliards de FCFA. Ce montant colossal cristallisait des tensions économiques et politiques entre les deux opérateurs nationaux, impactant directement les utilisateurs finaux. Les perturbations ont affecté la qualité des services, notamment la connectivité transfrontalière essentielle aux échanges commerciaux et humains.
Ces difficultés ont aussi été amplifiées par des problèmes techniques liés à la gestion des infrastructures réseau communes, provoquant des interférences et des coupures récurrentes sur plusieurs points d’interconnexion stratégiques.
Points d’interconnexion clés : une carte pour mieux comprendre
Pour mieux visualiser ces enjeux, une carte simple illustre les principaux points d’interconnexion entre le Cameroun et le Tchad :
- L’axe principal Kribi–N’Djamena, reliant les centres névralgiques de chaque pays,
- Les liaisons secondaires Nana-Mbéré, Yagoua-Bongor, Touboro-Madingring, et Yagoua-Kousseri, essentielles pour la redondance et la stabilité du réseau.
Ces points assurent le transport et l’échange du trafic téléphonique et Internet, formant le backbone (infrastructure réseau principale) indispensable à la fluidité numérique dans la région.
Les discussions techniques : un diagnostic partagé
Lors des rencontres techniques tenues en mai 2025 à Yaoundé, CAMTEL, SOTEL, ART et ARCEP ont conduit un audit approfondi des infrastructures. Ce diagnostic a porté sur :
- L’évaluation du backbone,
- La réduction de la latence (le délai de transmission des données entre les points),
- La résolution des interférences entre fréquences,
- La mise en place de nouvelles règles pour le partage du trafic et la facturation.
Le DG de l’ARCEP Tchad, Dr Haliki Choua Mahamat, a exprimé sa frustration :
« Nos citoyens ont trop souffert de ces interruptions, et nous attendons des solutions concrètes rapidement. »
Son homologue camerounais, le Pr Philémon Zoo Zame, DG de l’ART, a insisté sur l’importance de cette coopération renforcée :
« Cette coopération est indispensable pour assurer un service stable et bénéfique à tous nos usagers. »
Ce sentiment est partagé au plus haut niveau politique. Minette Libom Li Likeng, Ministre des Postes et Télécommunications du Cameroun, a souligné que :
« Le numérique est un levier essentiel pour le développement économique et social de nos pays. La coopération entre nos institutions doit être exemplaire pour bâtir un avenir digital inclusif et durable. »
De son côté, Michel Boukar, Ministre des Postes, Télécommunications et Économie Numérique du Tchad, a rappelé :
« La résolution de ces tensions est une priorité pour garantir un accès équitable aux services numériques pour tous les citoyens tchadiens et camerounais. Cette reprise de dialogue technique et politique est un signe fort d’engagement. »
Par ailleurs, une évaluation conjointe est prévue à N’Djamena en juin 2025, étape cruciale pour identifier les mesures correctives.
Vers un roaming CEMAC opérationnel et avantageux pour les citoyens
Parmi les objectifs prioritaires figure la réactivation du roaming CEMAC, qui permettra aux usagers de passer des appels transfrontaliers à moindre coût. Ce service est vital pour :
- Faciliter les échanges entre familles séparées par la frontière,
- Soutenir les activités commerciales transfrontalières,
- Réduire la facture téléphonique des voyageurs,
- Renforcer l’intégration économique régionale.
Le rétablissement de ce roaming améliorera donc la qualité de vie et l’inclusion numérique des populations.
Décisions et perspectives d’avenir
Les autorités ont arrêté une feuille de route claire :
- Réaliser un audit détaillé à N’Djamena en juin 2025,
- Organiser un comité de suivi bilatéral,
- Harmoniser les tarifs et modalités du roaming,
- Améliorer la gestion des fréquences pour minimiser les interférences,
- Encourager le transfert de compétences techniques et la formation, notamment dans les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle.
Cette collaboration exemplaire entre CAMTEL et SOTEL, soutenue par ART et ARCEP, offre une opportunité de moderniser les infrastructures et d’accélérer la transition numérique dans la sous-région.
Conclusion
La relance de la coopération numérique entre le Cameroun et le Tchad illustre combien le dialogue et la collaboration technique sont essentiels face aux défis du numérique en Afrique centrale. En conjuguant efforts politiques et expertise technique, CAMTEL et SOTEL peuvent transformer une relation tendue en un partenariat porteur d’espoir, au bénéfice des millions d’utilisateurs qui attendent un service fiable, accessible et performant.
Les engagements renouvelés, portés par les ministres Minette Libom Li Likeng et Michel Boukar, ainsi que par les régulateurs et opérateurs, constituent une étape majeure pour la souveraineté numérique régionale et l’intégration économique durable.































































