En septembre 2025, une vidéo postée sur Instagram a provoqué une onde de choc politique au Cameroun. Brenda Biya, fille cadette du président Paul Biya, y exhortait les électeurs à ne pas voter pour son père lors de la présidentielle prévue en octobre. Quelques jours plus tard, elle publiait une nouvelle séquence, se rétractant et invitant les Camerounais à voter « selon leur conscience ».
Cet épisode illustre comment, dans un contexte de connectivité croissante, les plateformes numériques deviennent des vecteurs centraux de débat politique et de mobilisation citoyenne.
Une sortie virale depuis Instagram
Dans sa première vidéo, Brenda Biya déclare : « Il a fait souffrir beaucoup de gens. » La séquence, relayée sur TikTok, X (anciennement Twitter) et WhatsApp, a généré des centaines de milliers de vues en moins de 48 heures. Le hashtag #BrendaGate est rapidement devenu viral, accompagné d’une multitude de memes et de vidéos parodiques.
Pour Jacques Ebongue, politologue camerounais : « Cette affaire illustre les limites d’un pouvoir ancien face à une génération qui s’exprime par le numérique et échappe aux circuits institutionnels traditionnels. »
Rétractation et réactions politiques
Deux jours après sa première vidéo, Brenda Biya publie une nouvelle séquence dans laquelle elle se rétracte : « J’admire l’intellect de mon père » et appelle les électeurs à « voter selon leur conscience ».
Le RDPC, parti présidentiel, qualifie l’affaire de « tentative d’exploitation politicienne de la détresse d’une jeune femme », tandis que l’opposition y voit un signe de fracture au sein du régime. Le gouvernement reste silencieux, et Elecam n’a pas pris de position officielle, laissant le débat se dérouler librement sur les plateformes numériques.

S’exprimant sur l’affaire, un représentant d’Elecam souligne : « Notre rôle est de garantir le bon déroulement du scrutin ; nous suivons avec attention la circulation de l’information, mais nous ne censurons pas les contenus diffusés sur les réseaux. » De son côté, un responsable de l’ARTC rappelle que « la régulation vise la cybersécurité et la protection des données personnelles, mais n’intervient pas dans le contenu politique, sauf en cas de violation flagrante de la loi ».
L’impact numérique et générationnel
Selon DataReportal, le Cameroun comptait en 2025 12,4 millions d’internautes, soit un taux de pénétration de 41,9 %. Parmi eux, 86,1 % sont actifs sur au moins un réseau social. Si Facebook reste dominant, TikTok et Instagram connaissent une forte progression chez les 18-34 ans, pivot de la viralité et de l’engagement politique.
Un analyste basé à Douala observe : « La vidéo de Brenda Biya est un cas d’école : un message court et émotionnel capable de déclencher un débat national en quelques heures, sans médiation journalistique traditionnelle. »
Cette dynamique pourrait influencer la stratégie numérique des candidats, qui devront désormais adapter leur communication à la viralité et aux réactions en temps réel des internautes.
Paul Biya en Suisse : entre familial et médiatique
Alors que les débats numériques battent leur plein, Paul et Chantal Biya se rendent en Suisse, officiellement pour « s’occuper de leur fille ». Sur les réseaux, cette absence amplifie les discussions sur l’e-réputation du président et sur la perception internationale du pouvoir camerounais. Chaque capture d’écran de la vidéo de Brenda Biya devient un instrument de débat pour la diaspora et les médias numériques.
Une dynamique africaine
Le Cameroun n’est pas un cas isolé. Au Sénégal, les réseaux sociaux ont transformé la mobilisation citoyenne, tandis qu’au Kenya, la présidentielle de 2022 a montré l’impact direct des campagnes d’influence numérique sur le débat public. En RDC, les mouvements citoyens comme Lucha utilisent WhatsApp et Twitter pour organiser la contestation et sensibiliser l’opinion.
Selon la sociologue Valérie Moukoko, « l’affaire Brenda Biya confirme que sur le continent, le vote se prépare autant dans les urnes que sur les timelines. »
Enjeux et perspectives
Cette affaire soulève plusieurs questions essentielles :
- Cybergouvernance : malgré la loi sur la cybersécurité, la régulation reste limitée et les crises virales échappent encore largement au contrôle des autorités.
- Liberté d’expression : aucune tentative de censure n’a été constatée, mais la tolérance du régime face aux critiques en ligne demeure incertaine.
- Pouvoir et image : la communication instantanée impose une gestion de l’e-réputation en temps réel, devenue stratégique pour tout pouvoir centralisé.
À l’approche du scrutin du 12 octobre, la question est désormais claire : comment un pouvoir historique, centralisé et vieillissant, pourra-t-il s’adapter à l’ère de la viralité numérique et des plateformes instantanées ?
Pour aller plus loin :
- Cameroun – Désinformation numérique : autopsie d’un faux communiqué attribuant à Brenda Biya un rôle ministériel
- Enfants de Présidents Africains sur les Réseaux Sociaux : Émancipation ou Nouveau Pouvoir ?
- Semaine Tech : Entre ruptures numériques, regain de souveraineté et nouvelles frontières de l’intimité
- Présidentielle 2025 : Paul Biya face au crash-test numérique de la jeunesse camerounaise
- Cameroun : Paul Biya dit non à la privatisation de Camtel
- CNI : Douala Lance Son Centre de Production – Pré-enrôlez-vous sur www.idcam.cm !































































