Annoncée comme l’une des réformes administratives les plus ambitieuses de la dernière décennie, la nouvelle Carte Nationale d’Identité (CNI) biométrique devait marquer une rupture nette avec les lenteurs chroniques du passé. Depuis son lancement officiel en février 2025, le dispositif opéré par IDCam, sous la supervision de la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN), promettait une délivrance en 48 heures après enrôlement.
Un an plus tard, le constat reste contrasté. Entre succès localisés et retards persistants confirmés en 2025-2026, la réforme révèle un décalage structurel entre ambition technologique et réalité opérationnelle.
Ce que promet officiellement IDCam
Le nouveau système repose sur une chaîne entièrement numérisée : pré-enrôlement en ligne via idcam.cm, capture biométrique physique, puis production et mise à disposition rapide de la carte.
Dans sa communication, l’administration insiste sur un délai cible clair : 48 heures maximum, une fois l’enrôlement achevé et le dossier jugé conforme. L’ouverture de centres high-tech à Yaoundé, Douala et Garoua devait soutenir cette montée en charge et absorber la forte demande nationale.
Sur le terrain, une attente qui s’étire
Cependant, les témoignages recueillis en 2025 et début 2026 dessinent une autre réalité.
De nombreux usagers évoquent des délais allant d’une à cinq semaines, parfois davantage, sans notification claire.
Un cas souvent cité est celui de François Gaël Mbala, enrôlé en mars 2025 et toujours en attente fin avril, malgré une date annoncée au 30 avril. Ce type de situation, loin d’être isolé, alimente une frustration croissante, notamment dans les grandes agglomérations.
Des succès localisés émergent
Pour autant, réduire la réforme à un échec serait excessif.
À Yaoundé et Douala, certains usagers confirment des retraits en 48 heures à deux semaines, rendus possibles par les centres de dernière génération, issus notamment du partenariat technologique avec Augentic GmbH.
Ces résultats montrent que le modèle fonctionne… mais de manière inégale, avec un net avantage pour les grandes villes, tandis que les retards dominent dans les zones périphériques.
Où le processus se grippe réellement
Capacité théorique vs réalité opérationnelle
Le centre de production de Douala, inauguré en mars 2025, est emblématique de cette contradiction.
Conçu pour accueillir 1 000 usagers par jour, il dispose de 8 machines capables de produire jusqu’à 10 000 CNI quotidiennes. Sur le papier, la promesse des 48 heures est donc techniquement tenable.
Cependant, la centralisation persistante de certaines étapes à Yaoundé, combinée aux bugs de la plateforme, à la surcharge des demandes et à la gestion simultanée des anciens dossiers, crée des goulots d’étranglement qui neutralisent cette capacité théorique.
La DGSN évoque un volume exceptionnel de demandes et des ajustements techniques en cours, sans pour autant publier de calendrier de rattrapage ni d’indicateurs publics de performance.
Communication institutionnelle : le maillon faible
L’un des angles morts de la réforme reste la communication.
En mettant en avant un délai unique et absolu, sans préciser les conditions ni les cas de blocage, l’administration a créé une attente difficilement soutenable à l’échelle nationale.


Dans le même temps, la DGSN propose des mécanismes de suivi — notamment un appel au centre de production pour comprendre pourquoi une CNI n’est pas encore produite — signe d’une semi-transparence, encore insuffisamment valorisée et structurée.
Un impact social bien réel
Derrière les chiffres et les plateformes, l’absence prolongée de CNI continue de produire des effets concrets :
accès bloqué à l’emploi formel, démarches bancaires impossibles, limitations de déplacement, et persistance des tracasseries sécuritaires.
Dans un pays où la CNI conditionne l’exercice de nombreux droits, chaque semaine de retard devient un facteur d’exclusion silencieuse.
Analyse critique : une réforme nécessaire, mais mal calibrée
La réforme IDCam n’est ni un échec total, ni une réussite aboutie. Elle incarne une avancée technologique réelle, mais souffre d’un triple déséquilibre :
ambition politique élevée, capacités opérationnelles sous tension, communication trop optimiste.
À défaut de garantir systématiquement les 48 heures, l’administration gagnerait en crédibilité en publiant :
- des délais moyens réels,
- l’état de saturation des centres,
- et un suivi transparent de l’avancement des dossiers.
Car au-delà de la carte, c’est la confiance dans l’administration numérique camerounaise qui se joue.
Promesse de vitesse ou exigence de vérité ?
La modernisation ne se mesure pas uniquement à la rapidité annoncée, mais à la cohérence entre le discours et l’expérience citoyenne.
Si la CNI en 48 heures demeure un objectif louable, une question centrale subsiste : l’administration ne gagnerait-elle pas davantage en confiance en annonçant des délais réalistes plutôt qu’un idéal difficilement tenable à grande échelle ?
Tableau comparatif : promesse vs réalité
| Étape | Promesse IDCam | Réalité terrain (2025-2026) |
|---|---|---|
| Pré-enrôlement | Instantané en ligne | Bugs, surcharge fréquente |
| Biométrie | Rendez-vous rapide | Jusqu’à 1 mois d’attente |
| Production | 48 h maximum | 2 à 5 semaines |
| Capacité Douala | 10 000 CNI/jour | Goulots malgré 1 000 usagers/jour |
FAQ : CNI IDCam Cameroun
Via idcam.cm ou en contactant directement le centre DGSN de production le plus proche.
Entre 2 semaines et 1,5 mois selon les centres (Douala/Yaoundé plus rapides que les régions périphériques).
1. Pré-enrôlement en ligne sur idcam.cm
2. Capture biométrique physique dans un centre agréé (24h après pré-enrôlement).
3. Retrait après validation (48h théorique).
Pour aller plus loin :
- CNI et enrôlement en ligne au Cameroun : le calvaire silencieux des usagers
- Nouvelle CNI Biométrique au Cameroun : Entre Innovation Digitale et Réalité Terrain
- Cameroun : Fini le calvaire, les premières CNI disponibles en 48 heures !
- Cameroun : IDCAM, la solution numérique pour l’obtention de la CNI en 48h… mais des interrogations subsistent
- CNI : Comment obtenir sa Carte Nationale d’Identité en 48h via www.idcam.cm ?
- CNI : Douala Lance Son Centre de Production – Pré-enrôlez-vous sur www.idcam.cm !






























































