Une modernisation en marche
Débuté en 2021 et généralisé en février 2025, le projet de refonte de la carte nationale d’identité biométrique s’appuie sur des technologies biométriques, une plateforme numérique de pré-enrôlement (idcam.cm) et une logique d’interconnexion des bases de données nationales. Le but : réduire les délais, renforcer la sécurité documentaire et aligner le Cameroun sur les standards internationaux d’identité numérique.
C’est la firme allemande Augentic GmbH, spécialisée dans les systèmes d’identification sécurisés, qui pilote l’infrastructure technique, aux côtés de la Délégation Générale à la Sûreté Nationale (DGSN). Cette dernière met en avant un système « rapide, fiable et interconnecté ».
Pré-enrôlement en ligne : une avancée réelle… sur papier
Le principe est simple : l’usager effectue son pré-enrôlement en ligne sur le site www.idcam.cm, prend rendez-vous dans un centre physique, puis y finalise l’enrôlement biométrique (empreintes, photo, signature).
Sur le terrain, les retours sont contrastés. Certains, comme Jean-Louis à Yaoundé, saluent une vraie amélioration :
« J’ai eu ma CNI en deux semaines. Du jamais vu ! »
Mais pour d’autres, le parcours reste semé d’embûches : site inaccessible, rendez-vous non honorés, ou panne des équipements. À l’antenne de Nkolndongo, Rodrigue T. raconte :
« J’avais tout rempli en ligne, mais une fois au centre, le réseau était en panne. J’ai dû revenir trois fois. »
Paiement mobile : un frein majeur mal géré
Un autre problème récurrent concerne le paiement via les plateformes mobiles Orange Money, MTN Mobile Money, Express Union, YooMee, etc. Selon des indiscrétions internes chez les opérateurs, jusqu’à 15% des transactions liées au paiement de la CNI biométrique échoueraient ou resteraient sans confirmation, provoquant :
- Perte de confiance dans le système
- Paiement multiple par précaution, augmentant les coûts
- Blocage dans la finalisation de la demande
« J’ai payé deux fois via Orange Money et n’ai reçu aucun reçu. Résultat, mon dossier est en attente », déplore Mireille, habitante de Douala.
Cette situation est d’autant plus critique que le paiement électronique est présenté comme une étape clé dans la digitalisation du service.
Coût réel : un frein invisible à l’innovation ?
Officiellement, le prix de la nouvelle CNI biométrique reste fixé à 10 000 FCFA. Mais en pratique, les usagers déboursent souvent entre 13 000 et 17 000 FCFA, une fois ajoutés les frais annexes : certificat de nationalité, copie certifiée d’acte de naissance, timbres fiscaux, voire photos d’identité si l’équipement du centre ne fonctionne pas.
Pour une population dont une grande partie vit avec moins de 2 dollars par jour, cette dépense devient un vrai dilemme.
« Je dois choisir entre une CNI ou un sac de riz », confie Jeanne, vendeuse à Douala.
Fracture numérique : le point noir du dispositif
L’autre grand obstacle est l’accessibilité numérique. Le pré-enrôlement sur idcam.cm suppose :
- Une connexion Internet stable
- Un smartphone, un PC ou un cybercafé fonctionnel
- Une compréhension minimale de l’outil numérique
Selon l’Agence Nationale de la Statistique du Cameroun, seulement 28% des ménages camerounais ont accès régulier à Internet, tandis que moins de 25% des populations rurales utilisent un smartphone.
Dans les zones rurales ou les quartiers populaires, ces conditions sont loin d’être réunies. Résultat : ceux qui ne maîtrisent pas le digital se retrouvent à la traîne, accentuant une fracture numérique préoccupante.
De plus, l’absence d’interface multilingue ou d’assistance numérique de proximité limite l’adhésion, surtout dans les régions non francophones.
🚫 Les 5 Freins Majeurs au Pré-Enrôlement
Erreurs fréquentes sur la plateforme, blocages après paiement sans reçu ni confirmation.
Environ 3 millions de Camerounais concernés, complexité dans la gestion des doublons.
Connexion Internet et compétences numériques requises, difficilement disponibles en zones rurales.
Peu de sensibilisation, absence d’assistance technique pour les usagers non familiers du numérique.
Transactions souvent bloquées ou non confirmées via Orange Money ou MTN Mobile Money.
Sécurité des données : promesse de souveraineté ou dépendance technologique ?
Avec la centralisation des données biométriques sensibles (empreintes, visage, état civil), la question de la cybersécurité devient centrale. Si la DGSN assure que les données sont hébergées localement à Yaoundé sur des serveurs « sécurisés », l’implication d’un prestataire étranger suscite des interrogations.
Selon Me Alain N., juriste en droit numérique :
« Le Cameroun doit impérativement garantir le chiffrement, l’audit externe et la réversibilité en cas de rupture contractuelle avec Augentic. C’est un enjeu de souveraineté. »
Vers une identité 100% numérique ?
Le projet laisse entrevoir une interconnexion future avec d’autres bases administratives : état civil, sécurité sociale, permis de conduire, fiscalité… Une perspective séduisante sur le plan technologique, mais qui exigera :
- Une interopérabilité technique éprouvée
- Une législation robuste sur la protection des données
- Une vulgarisation massive auprès des citoyens
Sans cela, le risque est de creuser une gouvernance numérique à deux vitesses, entre les connectés et les exclus.
Conclusion : chantier prometteur, mais inclusivité urgente
La nouvelle CNI biométrique marque un tournant digital pour le Cameroun. L’infrastructure existe, l’ambition est claire. Mais les écueils logistiques, sociaux et technologiques doivent être traités avec autant d’énergie que l’innovation elle-même.
👉 Pour que cette réforme devienne un levier d’inclusion numérique et non un obstacle administratif supplémentaire, il faut des actions fortes : cybercafés labellisés, assistance dans les mairies, simplification des démarches et transparence sur les coûts.
Prochaines étapes : ajustements et perspectives gouvernementales
Le gouvernement camerounais a récemment annoncé plusieurs mesures correctives pour pallier ces difficultés :
- Renforcement des infrastructures réseau dans les centres d’enrôlement
- Amélioration de la plateforme idcam.cm pour garantir stabilité et suivi des paiements mobiles
- Campagnes de sensibilisation multilingues et formation numérique à destination des populations vulnérables
- Audit indépendant de la sécurité des données et renforcement des garanties de souveraineté
- Exploration de solutions de paiement alternatives, notamment via des plateformes bancaires plus robustes
Ces ajustements sont attendus avant la fin 2025, avec l’objectif de garantir une adoption massive et sereine de la CNI biométrique dans tout le pays.
Pour aller plus loin :
- CNI : Douala Lance Son Centre de Production – Pré-enrôlez-vous sur www.idcam.cm !
- Cameroun : Fini le calvaire, les premières CNI disponibles en 48 heures !
- CNI : Comment obtenir sa Carte Nationale d’Identité en 48h via www.idcam.cm ?
- Cameroun : IDCAM, la solution numérique pour l’obtention de la CNI en 48h… mais des interrogations subsistent
- Cameroun : un spécimen de la nouvelle CNI fuite sur les réseaux sociaux
- Réforme de la CNI : Des promesses numériques qui tardent à se concrétiser
- CNI : Une campagne spéciale au Cameroun pour les personnes en situation de double identité
- CNI : L’ANTIC dénonce un faux communiqué et alerte sur la désinformation
- CNI : Hausse des Tarifs et Indignation des Citoyens Camerounais































































Ce site n’est pas accessible à tous
https://portal.idcam.cm/