Le Cameroun domine toujours le Mobile Money en Afrique centrale. Pourtant, derrière cette position écrasante, un signal discret mais stratégique s’impose : sa part dans la valeur des transactions recule. Une inflexion qui, sans remettre en cause le leadership, révèle un marché régional en train de changer de visage.
Les données publiées par la Banque des États de l’Afrique centrale pour 2024 confirment cette double réalité.
Une domination massive… mais moins exclusive
Avec 30,9 millions de comptes sur un total de 51,2 millions dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, le Cameroun concentre 65,1 % des utilisateurs. En valeur, il totalise près de 26 773 milliards de FCFA, soit 57 % des transactions régionales.
Le pays reste, de loin, le cœur du Mobile Money en zone CEMAC.
Mais un chiffre change la lecture : en 2023, cette part dépassait 63 %. En un an, le Cameroun cède plus de six points.
Le marché ne recule pas.
Il change de centre de gravité.
Comptes, usages, valeur : trois lectures d’un même marché
Trois indicateurs structurent l’analyse.
Les comptes mesurent l’accès. Le Cameroun bénéficie d’un avantage démographique et urbain évident.
Le volume traduit l’intensité d’usage. Le Mobile Money s’est imposé dans les gestes du quotidien : envoyer, payer, régler.
La valeur, enfin, révèle où se concentre réellement l’activité économique. Et c’est là que le paysage évolue : les transactions les plus importantes commencent à circuler davantage hors du Cameroun.
Une avance construite sur des fondamentaux solides
Le leadership camerounais repose sur des bases concrètes.
Un réseau d’agents très dense rend le service disponible sur l’ensemble du territoire. L’adoption rapide des smartphones Android accélère les usages via applications.
Des plateformes comme MTN MoMo et Orange Money ont changé d’échelle. Elles ne servent plus seulement à envoyer de l’argent : elles permettent de payer, encaisser et gérer des transactions au quotidien.
À cela s’ajoute un facteur clé : le rôle de hub économique du Cameroun, alimenté par des flux internes et des transferts de la diaspora.
Congo, Gabon : là où la valeur commence à se déplacer
Le rééquilibrage régional devient visible dans les ordres de grandeur.
Avec 57 % de la valeur captée par le Cameroun, 43 % des flux sont désormais répartis entre les autres pays, contre environ 36 % un an plus tôt.
Dans plusieurs économies de la zone, les données BEAC montrent que la valeur des transactions progresse plus rapidement que le nombre de comptes, signe d’une hausse des montants moyens.
C’est notamment le cas au Congo, où cette dynamique traduit une montée des paiements de services et des transferts commerciaux.
Au Gabon, où le niveau de revenu est plus élevé, les usages s’orientent davantage vers des paiements formalisés, avec des montants unitaires généralement supérieurs à la moyenne régionale.
Ces marchés restent loin du Cameroun en volume.
Mais ils avancent là où tout se joue désormais : la valeur des transactions.
2024 : un basculement silencieux
La rupture est discrète, mais réelle.
Le Cameroun continue de croître en valeur absolue. Mais sa domination relative s’effrite. La croissance du Mobile Money devient plus diffuse.
Le Cameroun reste le moteur.
Mais il n’est plus seul à donner le rythme.
Le véritable enjeu : capter la valeur, pas seulement les utilisateurs
La question change de nature.
Avoir le plus d’utilisateurs ne suffit plus. Le vrai levier devient la capacité à capter les flux à forte valeur : paiements marchands, règlements de services, usages financiers plus avancés.
C’est précisément là que la concurrence progresse.
Régulation et concurrence : un nouvel équilibre à construire
Cette transformation met en lumière les limites du modèle actuel.
La domination des opérateurs télécoms freine encore l’ouverture du marché. Dans le même temps, la montée en puissance des volumes renforce les enjeux de sécurité et de supervision.
Le prochain cycle de croissance dépendra de cet équilibre : plus d’ouverture, sans perte de contrôle.
📊 Mobile Money en CEMAC – Chiffres clés 2024
Une domination toujours réelle… mais moins tranquille
Le Cameroun reste le leader du Mobile Money en Afrique centrale. Les chiffres ne laissent aucun doute.
Mais la bataille ne se joue plus sur le nombre de comptes.
Elle se joue désormais sur les transactions à forte valeur — paiements marchands, règlements de services, flux liés à l’économie réelle.
Et sur ce terrain, une réalité s’impose :
le Cameroun n’est plus seul à dicter le tempo.






























































