Le secteur des services de paiement électronique est en pleine effervescence au Cameroun, porté par la montée en puissance des fintechs et l’adoption croissante du numérique par les citoyens. Mais cette révolution n’est pas sans risque : face à la multiplication de plateformes opérant en dehors du cadre légal, le ministère des Finances a décidé de sévir. Dans une déclaration officielle en date du 5 mai 2025, le ministre Louis Paul Motazé met en demeure toutes les structures non agréées d’arrêter leurs activités ou de se régulariser sous peine de sanctions.
Trois mesures claires ont été annoncées : une suspension des partenariats avec les acteurs non conformes, l’arrêt immédiat de certaines activités illicites et un délai de trois mois pour se mettre en règle. Cette régulation, bien qu’attendue par une partie du secteur, soulève des inquiétudes sur ses répercussions économiques, sur l’inclusion financière et sur l’avenir des jeunes entreprises innovantes. Tour d’horizon des enjeux, réactions et perspectives de cette réforme qui pourrait redessiner la carte des paiements numériques au Cameroun.
Une régulation fondée sur le droit communautaire
Ces mesures s’appuient sur le Règlement N° 04/18/CEMAC/UMAC/COBAC du 21 décembre 2018, qui encadre les services de paiement dans l’espace CEMAC. Ce texte prévoit notamment que tout prestataire de services financiers doit obtenir un agrément préalable auprès du ministère des Finances pour exercer légalement.
« Nous ne pouvons plus laisser prospérer des plateformes qui échappent à tout contrôle, au risque de mettre en danger l’économie numérique et la sécurité des consommateurs », souligne une source au sein du Minfi, sous couvert d’anonymat.
Trois directives claires
Dans sa communication officielle, le gouvernement formule trois exigences :
- Les fintechs non agréées disposent de trois mois (jusqu’au 5 août 2025) pour régulariser leur situation en obtenant un agrément d’établissement de paiement auprès du Minfi. Passé ce délai, elles s’exposent à une fermeture d’office, conformément à l’article 84 du règlement communautaire.
- Les opérateurs économiques et administrations sont sommés de suspendre tout partenariat avec des plateformes non agréées.
- Les promoteurs de plateformes de collecte de fonds du public ou de prêts en ligne doivent cesser immédiatement leurs activités et toute communication y afférente.
- Des risques bien identifiés
Cette régulation vise à contrer les risques d’escroquerie, de blanchiment d’argent et de financement d’activités illicites, qui prolifèrent dans les zones grises de la finance numérique. Selon la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique Centrale (Cosumaf), plus d’une trentaine de plateformes illégales ont été identifiées entre 2022 et 2024 au Cameroun.
Une économie numérique en pleine ébullition
Le secteur des fintechs camerounaises connaît un essor fulgurant : selon les estimations de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), plus de 3,2 milliards de transactions électroniques ont été enregistrées dans la sous-région en 2023, pour un volume total de près de 12 000 milliards FCFA. Au Cameroun, ces solutions ont permis à des milliers d’individus et de PME d’accéder à des services financiers jusque-là inaccessibles.
Mais cette croissance rapide s’est accompagnée d’un foisonnement d’acteurs non régulés, souvent portés par des entrepreneurs innovants mais peu informés du cadre légal, ou parfois peu scrupuleux.

Réactions dans l’écosystème
Du côté des acteurs du secteur, la décision suscite des réactions contrastées. « Nous saluons la volonté de réguler le secteur, mais nous craignons une approche trop rigide qui décourage l’innovation », confie Christian N., cofondateur d’une fintech de microcrédit en ligne.
Certains experts appellent à la mise en place de « regulatory sandboxes », comme au Nigeria ou au Rwanda, pour tester de nouveaux modèles économiques sous supervision avant délivrance d’un agrément définitif.
📌 Ce qu’il faut retenir
- Le Cameroun lance une traque contre les fintechs opérant sans agrément dans les services de paiement.
- Trois mois de délai leur sont accordés pour se conformer à la réglementation.
- Toute activité non régularisée pourra faire l’objet d’une fermeture d’office.
- Les partenariats publics ou privés avec des opérateurs non agréés doivent cesser immédiatement.
- Objectif : protéger les consommateurs et assainir le secteur face aux risques de fraude et de blanchiment.
Et après ? Une régulation qui peut redessiner le paysage
Cette décision du gouvernement camerounais pourrait marquer un tournant pour le secteur fintech local. À court terme, plusieurs startups risquent de suspendre leurs opérations, faute de pouvoir remplir les critères d’agrément dans les délais impartis. Mais à moyen terme, cette démarche pourrait favoriser l’émergence d’un écosystème plus structuré, transparent et crédible.
La BEAC et la COBAC seront probablement appelées à jouer un rôle plus actif dans l’accompagnement des jeunes pousses vers la conformité. Par ailleurs, des mécanismes d’incubation réglementaire, comme les « regulatory sandboxes« , pourraient être instaurés pour maintenir un équilibre entre innovation et supervision.
Dans un contexte où la finance digitale est un levier majeur d’inclusion financière en Afrique, cette opération de mise en ordre pourrait, si elle est bien encadrée, servir d’accélérateur à un secteur plus mature et sécurisé.
📍 Affaire à suivre d’ici août 2025.































































