Après plus d’un an de blocage officiel, les relations entre le Cameroun et Starlink pourraient prendre un nouveau tournant. Selon plusieurs sources concordantes, dont un post publié par le journaliste Boris Bertolt, la ministre camerounaise des Postes et Télécommunications aurait récemment reçu des représentants de la société américaine pour discuter des conditions d’un éventuel retour. Une rencontre discrète mais révélatrice d’un possible assouplissement, dans un contexte technologique et géopolitique en pleine mutation.
Une interdiction initiale fondée sur la souveraineté numérique
En avril 2024, les autorités camerounaises avaient opposé un refus catégorique à toute autorisation d’exploitation de Starlink sur le territoire national. En cause :
- l’absence de licence délivrée par l’Agence de régulation des télécommunications (ART),
- des craintes en matière de sécurité nationale, notamment liées au transit des données hors du contrôle local,
- et la volonté de protéger les opérateurs locaux, comme CAMTEL, d’une concurrence satellitaire jugée trop brutale.
Cette décision avait été suivie d’une interdiction d’importation des équipements Starlink, puis d’un blocage généralisé de son service, bien que de nombreux particuliers et PME continuaient à l’utiliser de manière officieuse.
Un possible revirement en cours ?
Fin juin 2025, le journaliste Boris Bertolt a révélé, via un post Facebook, qu’une rencontre exploratoire aurait eu lieu entre des responsables de Starlink et la ministre Minette Libom Li Likeng.
Selon lui, cette entrevue marque un changement d’attitude de la part du gouvernement, jusque-là inflexible. Starlink serait désormais invité à présenter un dossier de conformité en bonne et due forme.
Cette information a été partiellement corroborée par des sources proches du ministère, citées dans Jeune Afrique, qui évoquent une « volonté d’ouverture à condition de régulation stricte ».
Un contexte international qui pèse dans la balance
Ce revirement s’inscrirait aussi dans un contexte géopolitique plus large.
Avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la politique migratoire américaine s’est durcie, avec la menace d’étendre les restrictions de visa à plusieurs pays africains, dont le Cameroun.
Dans cette optique, l’ouverture à Starlink – entreprise américaine à rayonnement global – pourrait être perçue comme un signal diplomatique d’apaisement.
Un besoin criant de connectivité
Au-delà de la diplomatie, la situation sur le terrain explique aussi ce regain d’intérêt :
- Le réseau Internet terrestre camerounais reste peu fiable et souvent saturé,
- Les zones rurales et enclavées sont largement sous-connectées,
- De nombreuses startups et entreprises peinent à travailler efficacement sans connexion stable.
Des acteurs du numérique, comme Kiro’o Games ou des écoles en zone rurale, s’étaient tournés vers Starlink pour compenser les faiblesses du réseau local.
🗣️ Réactions dans le secteur
Jean-Marc Tchatchoua, consultant en cybersécurité :
« L’arrivée de Starlink pourrait être un catalyseur de transformation, mais elle doit s’accompagner d’un encadrement rigoureux, surtout en matière de protection des données. »
Fatima Ndongo, entrepreneure numérique :
« Dans les zones mal couvertes, Starlink peut changer la donne. Pour les startups, c’est souvent une question de survie. »
Un cadre de CAMTEL, sous anonymat :
« La concurrence est saine, mais elle doit respecter les règles du jeu. Nous restons vigilants. »
Récapitulatif chronologique
| Date | Événement clé |
|---|---|
| Avril 2024 | Refus officiel de licence à Starlink par MINPOSTEL |
| Juin 2024 | Blocage douanier des équipements et suspension non officielle |
| Juin 2025 | Rencontre exploratoire entre Starlink et le ministère, révélée par Boris Bertolt |
Les conditions d’un retour encadré
Selon les autorités, le Cameroun ne s’oppose pas à Starlink en soi, mais exige :
- une demande de licence formelle déposée auprès de l’ART,
- une homologation des équipements importés,
- le respect du cadre législatif camerounais en matière de cybersécurité et souveraineté.
Tant que ces conditions ne sont pas remplies, aucun lancement officiel ne peut être autorisé.
Perspectives à court terme
- La balle est désormais dans le camp de Starlink, qui doit prouver sa volonté de s’intégrer légalement au marché camerounais.
- Le gouvernement, de son côté, semble prêt à accueillir l’entreprise, à condition que l’autorité nationale reste souveraine sur les infrastructures critiques.
Conclusion
Le dossier Starlink-Cameroun illustre les tensions entre ouverture à l’innovation et protection des intérêts nationaux. Si la rencontre évoquée par Boris Bertolt est confirmée, elle pourrait constituer une étape décisive vers une normalisation des relations entre Yaoundé et la firme d’Elon Musk.
Mais tant que les démarches réglementaires ne sont pas officiellement enclenchées, la prudence reste de mise. Ce feuilleton technologique mérite d’être suivi de près dans les semaines à venir.
Pour aller plus loin :
- Starlink vs Orange vs MTN vs CAMTEL au Cameroun : Quel Avenir pour Votre Connexion Internet ? Entre Technologie et Régulation
- Internet par Satellite en Afrique : Airtel Africa s’associe à Starlink pour Étendre le Haut Débit aux Zones Rurales… et le Cameroun, Grand Absent !
- Starlink toujours interdit au Cameroun : la concurrence fait-elle peur à Orange et MTN ?
- Cameroun : Starlink continue d’émettre malgré l’interdiction du MINPOSTEL
- Starlink banni au Cameroun : La sécurité prime sur la connectivité
- Starlink en Afrique : Entre régulation et nécessité de connectivité
- Starlink suspendu : le Cameroun met SpaceX en orbite réglementaire
- Starlink au Cameroun : une opportunité ou une menace ?































































