« En pleine visioconférence, la connexion tombe. Encore… » Éric, entrepreneur à l’Ouest Cameroun, n’est pas un cas isolé. Ce témoignage illustre bien le calvaire quotidien de millions d’utilisateurs camerounais confrontés à des perturbations récurrentes des réseaux mobiles et internet fournis par les géants Orange, MTN et Camtel. Pourtant, malgré des amendes record de l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) et les injonctions fermes du Ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL), la qualité de service peine à s’améliorer.
Quand la fibre optique montre ses failles : une infrastructure clé à bout de souffle
Les problèmes de réseau au Cameroun sont loin d’être anecdotiques. Qu’il s’agisse des grandes métropoles comme Douala ou des zones rurales enclavées, la réalité est la même : appels interrompus, débits faibles, coupures d’internet. Derrière ces symptômes se cachent des fragilités structurelles majeures.
Au centre des débats, la fibre optique, pilier des télécommunications modernes, gérée principalement par Camtel, l’opérateur historique public. Cette infrastructure stratégique est souvent fragilisée par des ruptures — câbles sous-marins défaillants ou coupures terrestres — qui ont un effet domino sur l’ensemble des opérateurs, dont Orange et MTN, qui dépendent en grande partie de ce réseau commun.

À cela s’ajoute un manque criant de redondance — c’est-à-dire l’absence de chemins alternatifs sur le « dernier kilomètre », la portion qui relie directement les antennes aux utilisateurs. Conséquence : la moindre panne locale peut entraîner une coupure étendue. Par ailleurs, l’instabilité électrique, caractéristique de plusieurs régions du pays, aggrave encore la situation, car les stations de base souffrent de coupures fréquentes, parfois sans alimentation de secours suffisante.
Des amendes conséquentes, mais peu d’améliorations tangibles
Le 7 juillet 2025, l’ART a infligé une amende de 2,6 milliards de FCFA à Orange et MTN, pour « lacunes criantes » en matière de couverture et qualité de service, ainsi que des manquements dans la transparence tarifaire. Cette sanction fait écho à une précédente, plus lourde encore, de près de 6 milliards FCFA infligée en 2023 à l’ensemble des principaux acteurs du secteur (Orange, MTN, Nexttel, Camtel).
Pourtant, malgré ces mesures symboliques fortes, les résultats tardent à se matérialiser pour les usagers. Les interruptions récurrentes génèrent des pertes économiques significatives pour les entreprises, ralentissent la digitalisation des écoles et affectent l’accès aux services de santé et aux démarches administratives en ligne.
« Les sanctions seules ne suffisent pas, il faut que les opérateurs traduisent ces amendes en investissements concrets et rapides », déclare un expert du secteur. La confiance des consommateurs est fragile, et les frustrations s’accumulent.
MINPOSTEL monte au front, mais la route est encore longue
Minette Libom Li Likeng, Ministre des Postes et Télécommunications, ne cache plus son impatience. Elle appelle à une régulation plus stricte et à une plus grande transparence de la part de l’ART, notamment en publiant des indicateurs clairs sur la performance des réseaux, afin de responsabiliser les opérateurs et informer les consommateurs.

Sur le terrain, plusieurs actions sont déjà en cours : audits réguliers des infrastructures, visites de terrain, et pressions sur Camtel pour renforcer la fiabilité et la résilience de sa fibre optique. Le MINPOSTEL encourage aussi la diversification des voies de transmission, avec notamment le recours à des liaisons terrestres alternatives et satellites pour pallier les coupures.
Le gouvernement travaille par ailleurs à réviser le cadre réglementaire afin de mieux protéger les droits des abonnés et favoriser une concurrence accrue, avec l’émergence de nouveaux acteurs, tels que Starlink, dans le paysage télécoms camerounais.
Synthèse des problèmes majeurs et des pistes de solutions
Pour mieux cerner les défis techniques et organisationnels à l’origine des perturbations, il est utile de dresser une synthèse claire des causes principales et des mesures en cours ou recommandées. Notons que le « renforcement des capacités managées » mentionné ci-dessous désigne l’amélioration de la gestion opérationnelle et technique des infrastructures, afin d’assurer une meilleure réactivité et maintenance des réseaux.
| Causes principales | Mesures en cours / recommandées |
|---|---|
| Ruptures de câbles sous-marins et terrestres (Camtel) | Audit et optimisation du réseau de fibre optique |
| Manque de redondance au “dernier kilomètre” | Renforcement des capacités managées, diversification des routes |
| Instabilité électrique | Installation et entretien des groupes électrogènes et batteries |
| Investissements insuffisants ou mal ciblés | Incitations réglementaires et injonctions à mieux investir |
| Gestion client déficiente | Sensibilisation, formation et amélioration du service après-vente |
Une transformation numérique en suspens
Au-delà des aspects techniques, la crise des réseaux est un enjeu stratégique pour la souveraineté numérique et le développement socio-économique du Cameroun. Un accès fiable et performant à internet est aujourd’hui un vecteur d’inclusion sociale, d’éducation, et de compétitivité économique.
Or, sans une amélioration rapide et visible de la qualité des services, le pays risque de voir son ambition numérique compromise. Il est donc impératif que les autorités, opérateurs et usagers collaborent étroitement pour sortir du cercle vicieux des défaillances et restaurer la confiance.
Témoignages d’usagers
Je suis étudiant à Yaoundé, et les coupures fréquentes perturbent mes cours en ligne. C’est frustrant et pénalisant. — Pauline, 22 ans
Gérant d’un cybercafé à Douala, je vois chaque jour des clients insatisfaits. Quand le réseau tombe, c’est la perte sèche. — Samuel
Pour aller plus loin :
- Taxe sur les téléphones au Cameroun : retour sur un projet suspendu, mais non oublié
- 2,6 milliards de FCFA d’amendes : l’ART sanctionne Orange Cameroun et MTN pour défauts majeurs de couverture et qualité
- Starlink au Tchad : Internet Haut Débit Illimité à 32 000 FCFA par Mois, une Révolution Numérique
- Télécoms au Cameroun : l’ART collecte 73,4 milliards FCFA en 2024 malgré une baisse du bénéfice net
- CAMEROUN : LA CONNEXION EN MARCHE – ENTRE RÉVOLUTION NUMÉRIQUE ET DÉFIS D’INCLUSION
- Commonwealth Business Forum À Windhoek : Camtel Propulse Le Cameroun Vers Un Avenir Numérique Connecté Et Innovant
- Cameroun : l’ART publie ses comptes 2024 et fixe le cap vers la 5G et l’intelligence artificielle
- Datacenters certifiés et écosystème numérique délaissé : le paradoxe de la gouvernance numérique au Cameroun
- Téléphonie mobile au Cameroun : 75 % des Camerounais connectés en 3G/4G, selon l’UIT































































