Dès le 1ᵉʳ janvier 2026, Netflix, Spotify, Amazon Prime, Google, Meta, TikTok et autres plateformes numériques opérant au Cameroun seront assujettis à l’impôt sur les sociétés, même sans présence physique sur le territoire. Cette mesure, inscrite dans la loi de finances 2026, vise à capter une part des revenus générés localement et à renforcer les recettes publiques, alors que le budget 2026 prévoit une hausse de 1 080,5 milliards FCFA.
Une « présence économique significative » comme nouveau critère
La réforme étend l’assiette fiscale aux entreprises réalisant au moins 50 millions FCFA de chiffre d’affaires par an ou disposant de 1 000 utilisateurs locaux. Ainsi, le fisc pourra imposer une société même sans bureau ou représentant sur place. Sont concernées toutes les activités numériques : streaming, cloud, marketplaces, publicité en ligne et services rendus par voie électronique.
Pour identifier les utilisateurs camerounais, l’administration fiscale s’appuiera sur des indices techniques (IP, code pays SIM, géolocalisation) et commerciaux (adresse de facturation, coordonnées bancaires), garantissant un suivi précis des revenus locaux.
Un impôt forfaitaire pragmatique
Étant donné l’absence de comptabilité locale, le Cameroun adopte un mode de calcul forfaitaire : 10 % des revenus réalisés auprès des utilisateurs camerounais sont considérés comme bénéfice imposable, taxé au taux normal de 30 %, soit un prélèvement effectif d’environ 3 % du chiffre d’affaires brut. Cette approche est similaire à celle adoptée par plusieurs pays africains, comme la Côte d’Ivoire (3-5 %), le Maroc (3 %) ou la Tanzanie (2 %).

Certaines multinationales pourront opter pour le régime classique d’imposition sur les bénéfices réels, sous réserve de fournir une documentation complète sur leurs charges et prix de transfert. L’impôt ne pourra jamais être inférieur à 3 % du chiffre d’affaires.
Recettes et enjeux pour l’État
Selon l’administration fiscale, ce dispositif pourrait générer des projections initiales de 5 milliards FCFA par an, avec un potentiel probable jusqu’à 20 milliards FCFA, selon les estimations de l’OCDE et les objectifs du DPEBMT 2026-2028. Ce montant reste toutefois marginal par rapport aux recettes fiscales globales du Cameroun, estimées à 4 889,5 milliards FCFA pour 2026, soulignant le caractère stratégique de la réforme.
Lors d’une prise de parole parlementaire le 2 décembre 2025, la députée Nourane Foster a souligné : « Il s’agit d’adapter notre fiscalité à l’économie numérique et de garantir que les géants du digital contribuent équitablement à nos finances publiques. »
Défis opérationnels et implications
La collecte de cette taxe pose des défis techniques et logistiques : identification des utilisateurs, suivi du chiffre d’affaires, gestion des déclarations mensuelles via le futur guichet numérique dédié aux entreprises étrangères. Les multinationales pourraient également répercuter le coût sur les abonnés ou contester le mode forfaitaire.
Pour le consommateur, la réforme pourrait entraîner une hausse des abonnements. Pour les acteurs locaux, c’est l’opportunité d’un marché plus équilibré face aux géants mondiaux faiblement imposés jusque-là.
Le Cameroun dans le panorama africain
Cette initiative s’inscrit dans une tendance africaine plus large de taxation du numérique, avec des dispositifs similaires en Côte d’Ivoire, Kenya, Nigeria, Tanzanie, Uganda ou Zimbabwe.
🌍 Taux sur les Revenus Numériques en Afrique
| Pays | Taux sur Revenus Numériques |
|---|---|
| Côte d’Ivoire | 3 à 5 % |
| Maroc | 3 % |
| Tanzanie | 2 % |
| Cameroun (2026) | 3 % effectif |
Dans un contexte où la réforme multilatérale tarde à se concrétiser, les États adoptent des mesures nationales pour préserver leurs recettes face à la croissance rapide du numérique.
Pour aller plus loin :
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