Le flou persiste autour de la certification Tier III du nouveau data center de CAMTEL, tandis que la souveraineté numérique reste un objectif stratégique.
Alors que CAMTEL annonçait en grande pompe l’inauguration de son data center de Zamengoué, le présentant comme un « pilier de la souveraineté numérique » et certifié Tier III par l’Uptime Institute, une déclaration officielle est venue jeter un doute sérieux sur cette affirmation. Lors d’un atelier organisé le 30 mai 2025 à Yaoundé par le ministère des Postes et Télécommunications (MINPOSTEL), la Directrice générale du CENADI, le Pr Chantal Weh, a affirmé sans détour :
« Le Cameroun ne dispose, à ce jour, d’aucun data center certifié Tier III. »
Cette contradiction soulève plusieurs interrogations, tant sur la portée réelle des travaux réalisés par CAMTEL que sur la compréhension et la validation des normes internationales en matière d’infrastructures numériques critiques.

Une Ambition Technologique Affirmée par CAMTEL
La société publique des télécoms a largement communiqué sur ce projet stratégique. Le data center de Zamengoué est présenté comme la pièce maîtresse de son infrastructure numérique : hébergement cloud, cybersécurité, souveraineté des données, support aux entreprises… Le site a été inauguré en présence de la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, et du DG de CAMTEL, Judith Yah Sunday.
Dans son communiqué officiel, CAMTEL affirme que le site est « certifié Tier III par l’Uptime Institute », un standard international réputé pour garantir fiabilité, résilience et continuité de service.
Mais Qu’est-ce qu’une Certification Tier III ?
La certification Tier III de l’Uptime Institute repose sur des critères stricts et se décompose en trois niveaux distincts :
- TCDD (Tier Certification of Design Documents) – validation des plans.
- TCCF (Tier Certification of Constructed Facility) – certification du site après construction.
- TCOS (Tier Certification of Operational Sustainability) – gestion d’exploitation durable et fiable.
À ce jour, aucun document officiel public de l’Uptime Institute ne confirme une certification TCCF pour le data center de Zamengoué. KAMERANDROID a tenté de joindre CAMTEL pour clarifier s’il s’agit d’une certification de design (TCDD) ou de construction (TCCF), sans retour à ce stade.
Le Point de Friction : Énergie et Redondance
Le Pr Chantal Weh n’a pas simplement contesté la certification. Elle a exposé le problème fondamental :
« Aucune infrastructure au Cameroun ne dispose de deux sources d’énergie indépendantes, condition sine qua non pour une certification Tier III. »
Selon les normes Tier III, un data center doit offrir :
- Une redondance complète (N+1) pour l’alimentation électrique et le refroidissement.
- Des chemins d’alimentation indépendants, permettant une maintenance sans interruption.
- Une autonomie énergétique d’au moins 72 heures, souvent via générateurs et onduleurs.
Mais les normes n’exigent pas deux fournisseurs d’électricité distincts. Une source principale (comme Eneo) peut être complétée par des générateurs et UPS redondants, à condition que les circuits soient physiquement séparés et basculables automatiquement.

La divergence semble donc reposer sur une interprétation stricte des critères techniques : CAMTEL considère ses générateurs comme une source indépendante, tandis que le Pr Weh estime cela insuffisant.
Vers une Souveraineté Énergétique Numérique ?
Le débat révèle aussi une problématique plus large : la souveraineté énergétique des infrastructures numériques. Le Pr Weh a d’ailleurs exhorté les parties prenantes à :
« Explorer sérieusement les solutions d’énergies renouvelables si nous voulons atteindre des standards de fiabilité numérique. »
En effet, des sources solaires, hydroélectriques ou hybrides pourraient offrir la redondance requise, tout en réduisant la dépendance au réseau national et en assurant une continuité de service durable.
Transparence, Dialogue et Responsabilité
Le différend entre CAMTEL et le CENADI illustre un enjeu crucial : la transparence et la cohérence dans la mise en œuvre des projets stratégiques. Si le Cameroun veut se positionner comme un pôle régional de souveraineté numérique, il devra :
- Clarifier les certifications annoncées.
- Éviter toute confusion entre ambition politique et conformité technique.
- Adopter une approche collaborative entre institutions.
Une publication officielle du certificat délivré par l’Uptime Institute, précisant le type exact de certification, serait un pas bienvenu vers la transparence.
Conclusion : Une Opportunité pour Mieux Construire
Le lancement du data center de Zamengoué constitue une étape importante dans la stratégie numérique camerounaise. Mais cette avancée doit s’appuyer sur des bases techniques solides, des standards vérifiés et un dialogue institutionnel franc.
Garantir un avenir numérique fiable, souverain et durable pour le Cameroun exigera une transparence accrue, un dialogue constructif et des actions concrètes de toutes les parties prenantes.
Pour aller plus loin :
- Cameroun : CAMTEL Dévoile un Data Center Tier III à Zamengoué, Pilier de la Souveraineté Numérique
- CAMTEL Bonifie ses Offres Fibre : Jusqu’à 680 Minutes d’Appels et Téléphone Fixe à Prix Réduit
- Cameroun : CAMTEL Alarme sur la Fragilité de la Fibre Optique et ses Répercussions sur l’Éducation Numérique
- Téléphones fixes à partir de 5000 FCFA : CAMTEL relance la ligne domestique





























































