Le Cameroun consolide sa position de leader sous-régional du Mobile Money, en s’imposant comme l’un des plus gros contributeurs à l’écosystème Orange Money en Afrique. À l’occasion d’une présentation officielle à la Direction Générale des Douanes (DGD), Orange Cameroun a levé le voile sur des chiffres impressionnants, révélant l’ampleur de l’adoption des services de paiement mobile dans le pays. Dans une sous-région encore fortement dépendante du cash, le Mobile Money s’impose comme le moteur de l’inclusion financière, de la fiscalisation et de l’innovation numérique.
Une Croissance Inégalée dans l’Écosystème Orange Money
Avec plus de 11 millions de clients enregistrés, le Cameroun représente 11,5% des 96 millions d’abonnés Orange Money dans les 17 pays africains couverts par le service. Sur le plan de la distribution, le pays héberge plus de 100 000 points de vente actifs, soit un quart des 400 000 points déployés sur le continent, consolidant son rôle de hub stratégique pour l’expansion du service en Afrique centrale.
Cette expansion ne se limite pas à la couverture géographique ; elle a également été un formidable moteur d’emploi. Plus de 200 000 emplois directs et indirects ont été générés autour de l’écosystème Orange Money, entre distributeurs, agents, développeurs, centres d’appel, points de service et partenaires bancaires.
L’Accélération Post-Covid et l’Adoption Grand Public
Paradoxalement, la pandémie de Covid-19 a été un catalyseur décisif dans l’adoption massive du Mobile Money. La nécessité de limiter les contacts physiques et la manipulation d’espèces a poussé de nombreux Camerounais vers les solutions de paiement dématérialisées. Orange, à l’instar de son principal concurrent MTN, a capitalisé sur cette transition en adaptant ses services : frais réduits, digitalisation des parcours clients, élargissement des offres (paiement d’impôts, scolarité, e-commerce…).
Un Outil d’Inclusion Financière : Les Chiffres Clés
Selon la 5e Enquête Camerounaise auprès des Ménages (ECAM 5), publiée en avril 2024 par l’Institut National de la Statistique (INS), l’utilisation du Mobile Money chez les personnes âgées de 15 ans et plus est passée de 29,9% en 2017 à 42,7% en 2022, soit une progression de près de 13 points en 5 ans. Cette évolution témoigne d’un accès élargi aux services financiers pour des franges jusque-là exclues du système bancaire classique.
Le Cameroun, Leader de la CEMAC en Valeur et en Volume
Sur le plan sous-régional, le Cameroun se distingue très largement dans la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Le Rapport 2022 de la BEAC sur les services de paiement confirme que le pays concentre 71% du volume des opérations Mobile Money de la CEMAC (soit 1,7 milliard de transactions), et 55% de leur valeur totale, estimée à 59 003 milliards de FCFA. Le Cameroun domine ainsi la région, surpassant ses voisins tels que le Gabon, le Tchad ou le Congo, et devenant l’épicentre des flux financiers numériques dans la zone franc CFA.
Orange vs MTN : La Course au Leadership Mobile Money
Malgré ses performances éclatantes, Orange Cameroun fait face à une concurrence féroce, notamment de la part de MTN. Si Orange revendique 70% de parts de marché, MTN réfute cette domination. En 2023, Mitwa Ng’ambi – alors Directrice Générale de MTN Cameroun – affirmait que MTN Mobile Money détient la base d’utilisateurs actifs la plus large du pays. Cette rivalité stratégique, alimentée par des offres innovantes, des partenariats bancaires et des campagnes de digitalisation ciblées, profite in fine à l’utilisateur final et pousse les deux acteurs à repousser leurs limites.
Vers une Nouveauté Réglementaire et Fiscale ?
Avec un tel volume de transactions, l’État camerounais s’intéresse de plus en plus à la régulation fiscale du secteur. L’intégration progressive des opérateurs Mobile Money dans l’écosystème douanier et fiscal laisse présager de futures réformes pour encadrer, sécuriser et peut-être même taxer certains flux.
Cette évolution suggère une ère nouvelle pour l’écosystème du Mobile Money, où la régulation et la fiscalité pourraient redéfinir les règles du jeu, impactant potentiellement les coûts pour l’utilisateur final ou les stratégies commerciales des opérateurs. La rencontre du 27 mai 2025 entre Orange Cameroun et la DGD s’inscrit pleinement dans cette dynamique de coopération public-privé renforcée, à l’heure où l’économie numérique devient un levier incontournable pour la croissance.
📌 En Bref
| Indicateur | Données clés (2025) |
|---|---|
| Clients Orange Money Cameroun | 11 millions |
| Clients Orange Money Afrique | 96 millions |
| Part du Cameroun (Orange Money) | 11,5% (clients), 25% (points de vente) |
| Points de vente Orange Money au Cameroun | >100 000 |
| Emplois créés (directs/indirects) | >200 000 |
| Utilisation Mobile Money (15 ans+) | 42,7% (2022) |
| Transactions Mobile Money CEMAC | 71% en volume, 55% en valeur |
| Valeur des transactions au Cameroun | 59 003 milliards FCFA |
Analyse KAMERANDROID
Le Mobile Money n’est plus un simple outil de transfert, mais un vecteur central de bancarisation, de fiscalisation et d’autonomisation économique, notamment pour les jeunes et les femmes. Alors que le Cameroun consolide sa domination sous-régionale, les prochains défis porteront sur la sécurité des transactions, la lutte contre la fraude, l’interopérabilité entre services, et surtout la réglementation fiscale de cet écosystème en pleine effervescence.
Pour aller plus loin :
- Mobile Money : Le Cameroun Talonne le Kenya avec une Contribution de 5% au PIB
- Boycott d’Orange Money : Un tournant pour le Mobile Money au Cameroun ?
- Feature Phones : comment faire des transactions Mobile Money sans taper de code USSD ?
- Hausse des frais Mobile Money : une taxe qui fait débat au Cameroun
- Orange Money et MTN Mobile Money : comment annuler un transfert d’argent en cas d’erreur
- Mobile Money au Cameroun : 12,8% d’utilisateurs de plus en cinq ans
- Blue Money : Camtel veut défier MTN et Orange avec sa solution de paiement mobile































































