Entre la menace d’interdiction des drones DJI, les retards de mise à jour des smartphones Android et les incertitudes autour de la certification du data center de CAMTEL, les défis technologiques s’accumulent pour le Cameroun. Retour sur une semaine riche en signaux d’alerte pour le numérique local.
DJI dans la tourmente : quels risques pour l’écosystème camerounais ?
Le 4 juin, la Chambre des représentants américaine a franchi une étape importante vers l’adoption du Countering CCP Drones Act, une loi visant à interdire les équipements de DJI, leader mondial du drone civil. Si elle est définitivement adoptée, la mesure pourrait avoir un impact indirect sur plusieurs marchés, dont celui du Cameroun.
Un maillon central de plusieurs filières
Avec une part de marché estimée à près de 70 % au niveau mondial, DJI s’est imposé comme un acteur clé dans plusieurs secteurs locaux : agriculture de précision, géomatique, audiovisuel ou encore sécurité. Environ 60 % des drones professionnels utilisés au Cameroun proviendraient de la marque chinoise, selon les estimations croisées de revendeurs locaux et d’experts du secteur.
Des alternatives comme Parrot (France) ou Autel Robotics (États-Unis/Chine) existent, mais elles peinent à s’imposer. Leurs prix sont généralement 30 à 50 % plus élevés, leur disponibilité reste limitée dans la sous-région, et très peu de professionnels camerounais ont été formés à leur utilisation.
Android 16 : une mise à jour qui ne concernera qu’une minorité
Le 6 juin, Google a présenté Android 16, la prochaine itération de son système d’exploitation mobile, axée sur la sécurité, l’intelligence artificielle et l’optimisation énergétique. Mais sur le continent africain, et notamment au Cameroun, cette annonce risque de rester théorique pour la majorité des utilisateurs.
Un déploiement freiné par la domination de Transsion
Le marché local est largement dominé par le groupe Transsion Holdings (Tecno, Infinix, Itel), qui représente à lui seul plus de 65 % du parc Android actif. Ces marques sont connues pour proposer des smartphones abordables mais accusent souvent un retard important dans le déploiement des mises à jour logicielles.
“Mon Infinix Note 12 a mis plus d’un an pour recevoir Android 13,” témoigne Jean-Claude A., utilisateur basé à Douala. “On a l’impression d’être laissés pour compte.”
CAMTEL et la question de la certification du data center de Zamengoué
Le data center de Zamengoué, inauguré en février 2025 par CAMTEL, a été présenté comme un tournant dans la politique de souveraineté numérique du Cameroun. L’opérateur public a annoncé une certification Tier III délivrée par l’Uptime Institute, gage d’une infrastructure à haute disponibilité.
Une certification introuvable
Cependant, selon une déclaration choc du Pr Chantal Weh, directrice générale du CENADI, le centre ne figure pas à ce jour dans la base de données publique des sites officiellement certifiés par l’Uptime Institute. Cette situation soulève des interrogations quant à la transparence du processus de certification.
À titre de comparaison :
- Nigéria : 11 centres certifiés Tier III
- Afrique du Sud : 15
- Cameroun : 0 (certifié publiquement)

Trois leviers pour renforcer la souveraineté numérique
Face à ces constats, plusieurs analystes appellent à une réforme stratégique des priorités numériques. Parmi les pistes envisagées :
1. Réduction de la dépendance à DJI
- Subvention à l’importation de drones alternatifs ;
- Formation technique à l’usage de nouveaux écosystèmes logiciels ;
- Soutien à la création d’un cluster local de fabrication ou d’assemblage.
2. Renforcement du suivi logiciel des smartphones abordables
- Instauration d’un label qualité basé sur la régularité des mises à jour ;
- Négociation régionale avec Google et Transsion pour des garanties minimales de support ;
- Sensibilisation du grand public aux enjeux de sécurité liés aux mises à jour.
3. Audit indépendant des infrastructures critiques
- Obligation de publication des certifications Tier ;
- Création d’un observatoire national de la performance numérique ;
- Renforcement de la coordination avec les régulateurs régionaux (ART, CEMAC).
Conclusion : qui pilotera le virage numérique ?
Si les annonces technologiques abondent au Cameroun, leur concrétisation reste souvent freinée par l’opacité, la dépendance extérieure et un déficit d’engagement sur la qualité de service. La semaine écoulée en est une illustration nette : la souveraineté numérique ne peut reposer sur des déclarations symboliques, mais exige des politiques concrètes, coordonnées, et suivies dans le temps.
Quels acteurs devraient prendre l’initiative pour structurer cette souveraineté numérique ? L’État seul ne peut tout ; les entreprises, les universités, les développeurs, mais aussi les citoyens, ont un rôle à jouer.
Qu’il s’agisse d’exiger plus de transparence, de soutenir les initiatives locales ou de réclamer un meilleur service, chacun peut peser dans la balance.
Le virage numérique camerounais est amorcé. Encore faut-il savoir qui en tiendra le volant.
Pour aller plus loin :
- L’Ipod, Flore De Lille Et 1,5 Milliard Fcfa D’orange Digital Centers : Le Numérique Camerounais En Pleine Mutation !
- Afrique, IA, et connectivité mondiale : la tech à la croisée des chemins
- Qui est Transsion Holding, l’entreprise derrière les marques Tecno, Itel, Infinix et Oraimo ?
- Vers une Interdiction des Drones DJI aux États-Unis ? Une Nouvelle Escalade Technologique entre Washington et Pékin
- Cameroun : Aucun Data Center Tier III Certifié ? Le Pr Chantal Weh Relance le Débat Malgré l’Annonce de CAMTEL
- Cameroun : CAMTEL Dévoile un Data Center Tier III à Zamengoué, Pilier de la Souveraineté Numérique






























































