Alors que l’intelligence artificielle (IA) s’apprête à redéfinir l’équilibre des économies mondiales, plusieurs pays d’Afrique centrale, à l’instar du Cameroun, s’organisent pour en tirer parti. C’est dans ce contexte que se tient à Yaoundé une conférence internationale d’envergure, placée sous le thème « Intelligence artificielle : pour tous en Afrique centrale ». L’événement, soutenu par la Chaire UNESCO Afrique centrale « Accès TIC », a pour ambition de renforcer les capacités régionales et de promouvoir une appropriation souveraine, inclusive et éthique de l’IA.
Selon les dernières projections de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), l’intelligence artificielle pourrait affecter jusqu’à 40 % des emplois dans le monde d’ici 2033, avec une valeur marchande estimée à 4 800 milliards de dollars, soit l’équivalent du produit intérieur brut de l’Allemagne. Ces chiffres traduisent l’urgence pour les pays africains de développer des politiques publiques adaptées et des infrastructures numériques résilientes.
La conférence se déroule au Relaxe Hôtel-Nkozoa, à Yaoundé, et réunit neuf intervenants venus de quatre pays : cinq de France, deux du Cameroun, un d’Italie et un de Tunisie.
Trois jours pour analyser, apprendre et anticiper
Structurée sur trois journées, la conférence aborde les grands enjeux liés à l’IA dans les institutions, la gestion des données et la cybersécurité. Le programme alterne conférences, tables rondes, ateliers pratiques et démonstrations technologiques.
Jour 1 – Comprendre les fondements de l’IA
La première journée a été consacrée à la compréhension des bases de l’intelligence artificielle, de son historique à ses applications concrètes. La cérémonie d’ouverture officielle, présidée par les autorités camerounaises, a été marquée par l’intervention de la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng. Elle a déclaré :
« L’intelligence artificielle, autrefois perçue comme un horizon lointain de la science, est aujourd’hui une réalité concrète et transversale, qui transforme profondément nos économies, nos institutions et notre quotidien. »
Les conférences ont mis en lumière le potentiel de l’IA comme levier de transformation institutionnelle en Afrique. Un expert français a souligné que « l’IA, si elle est bien encadrée, peut devenir un outil de service public plus efficace, transparent et accessible ».
Des cas d’usage ont été présentés par la France et l’Italie, suivis d’un atelier pratique sur les outils d’IA tels que les chatbots ou les IA génératives. Une table ronde conclusive a permis de discuter des enjeux d’éthique, des biais algorithmiques et de la gouvernance.
Jour 2 – Encadrer la gestion des données
La deuxième journée s’est articulée autour de la protection des données personnelles, un enjeu majeur dans l’ère de l’intelligence artificielle. Le ministère camerounais des Postes et Télécommunications a exposé les cadres juridiques nationaux et leur articulation avec le Règlement général sur la protection des données (RGPD) européen.
Les participants ont ensuite suivi une présentation sur le cycle de vie des données et les défis liés à leur collecte, traitement et sécurisation dans des environnements automatisés. Un atelier de mise en conformité a permis de simuler un audit de données, avec une attention particulière portée à la responsabilité des institutions publiques.
Une conférence interactive a clôturé la journée autour d’une problématique centrale : comment équilibrer les impératifs de sécurité, d’innovation et de respect de la vie privée.
Jour 3 – Prévenir les risques cyber et utiliser l’IA pour la sécurité
La dernière journée a été consacrée aux liens entre IA et cybersécurité. Des exposés techniques ont abordé les menaces liées aux attaques sur les modèles d’IA, les manipulations par deepfakes et les failles des algorithmes. La Tunisie a présenté une étude sur les vulnérabilités des systèmes IA dans des contextes numériques peu régulés.
Un atelier de simulation d’attaque a été organisé pour tester les réactions des systèmes face à des intrusions automatisées. Des experts camerounais ont également présenté des solutions d’IA appliquées à la cybersécurité, démontrant comment ces technologies peuvent être déployées à des fins de défense proactive.
La conférence s’est achevée par la remise officielle des certificats délivrés par la Chaire UNESCO, suivie d’un point presse et d’un déjeuner de clôture.
Une stratégie camerounaise en pleine élaboration
Le Cameroun a amorcé, depuis janvier 2025, l’élaboration d’une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle. Ce chantier structurant intervient dans la continuité des Concertations Nationales sur l’Intelligence Artificielle (CONIA), organisées à Yaoundé du 25 au 26 juin 2024 sous le thème : « Quelles politiques gouvernementales pour une meilleure appropriation de l’intelligence artificielle au Cameroun ? »
Les recommandations issues des CONIA comprennent :
- La création d’un organe national d’accompagnement des projets IA, publics et privés ;
- Le renforcement de la coopération avec les grandes firmes technologiques (GAFAM) pour la recherche et la formation ;
- L’intégration progressive de l’IA dans les curricula de formation, notamment dans les filières numériques ;
- La sécurisation des données sensibles et l’ouverture réglementée des bases publiques ;
- L’introduction de lignes budgétaires spécifiques à la recherche et développement en IA dans les administrations.
Une dynamique régionale portée par la coopération africaine
La conférence de Yaoundé s’inscrit dans une dynamique régionale de plus en plus affirmée. Le Tchad, représenté par son ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Dr Boukar Michel, a rappelé son engagement à construire une stratégie nationale dédiée à l’IA. Le pays a signé, le 4 avril 2025 à Kigali, la première Déclaration africaine sur l’intelligence artificielle.
Ce document fondateur promeut la mise en place d’un écosystème continental fondé sur la diversité, la justice sociale et la souveraineté numérique. Il prévoit notamment la création d’un fonds de 60 milliards de dollars destiné à soutenir les start-up, les chercheurs et les initiatives locales en IA.
Programme complet de la conférence
Le programme officiel de la conférence est disponible en ligne :
Consulter le document PDF
Pour aller plus loin :
- Cameroun-Tchad : Le roaming gratuit, une avancée stratégique face aux défis d’une connectivité inclusive et durable
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