La commune de Mfou, dans le département de la Mefou-et-Afamba (Centre), vit depuis près d’un mois au rythme des interruptions de réseau. En l’espace de trois semaines, les infrastructures télécoms de Cameroon Telecommunications (CAMTEL) ont été la cible de trois actes de sabotage successifs, plongeant des milliers d’usagers dans une forme d’isolement numérique inédit.
Ces incidents en série, survenus les 25 juin, 10 juillet et 14 juillet 2025, mettent en lumière la fragilité structurelle des équipements de fibre optique déployés par l’opérateur national. Ils révèlent également une tension croissante entre besoin de connectivité, déficit de sécurisation et attentes citoyennes.
Des installations visées à plusieurs reprises
Les attaques ont principalement visé des sous-répartiteurs stratégiques alimentant plusieurs quartiers de Mfou. CAMTEL rapporte la destruction complète de trois boîtiîrs, ainsi que la section de câbles de fibre optique, provoquant une interruption brutale de service pour les usagers résidentiels, professionnels et institutionnels.
Dans son communiqué du 14 juillet, l’opérateur affirme avoir saisi les autorités compétentes et engagé ses équipes techniques pour restaurer les services « dans les plus brefs délais ». Aucun délai précis n’a été avancé. L’entreprise condamne des « actes de vandalisme ciblés » et évoque une atteinte grave au « patrimoine numérique national ».
Des répercussions économiques immédiates
À Mfou, où la connexion filaire demeure souvent plus stable que le réseau mobile, la coupure de service a des conséquences économiques immédiates. Le secteur informel, les services administratifs dématérialisés et les petits commerces de proximité sont les premiers touchés.
« Je perds jusqu’à 12 000 francs CFA par jour. La plupart de mes clients viennent pour imprimer des documents, faire des paiements en ligne ou scanner des dossiers officiels. Sans Internet, tout s’arrête », déclare Jules N., gérant d’un cybercafé à Mfou centre.
Dans les établissements scolaires et les administrations locales, l’impossibilité d’accéder aux plateformes de gestion, d’inscription ou de communication en ligne complique le fonctionnement quotidien. Certains élèves ou étudiants rapportent avoir dû se rendre jusqu’à Yaoundé pour réaliser des tâches numériques élémentaires.
Témoignages croisés : une fracture numérique vécue
| Profil | Témoignage |
|---|---|
| Cybercafé | « Trois imprimantes à l’arrêt, personne ne vient. Le chiffre d’affaires a chuté de moitié. » |
| Commerçante Mobile Money | « Plus de transferts, plus de commandes par messagerie. J’ai fermé deux jours. » |
| Étudiant en ligne | « J’avais une soutenance en visioconférence. J’ai dû me rendre chez un cousin à Nkolbisson. Tout le monde n’a pas cette chance. » |
Une menace plus large sur l’infrastructure nationale
Ces sabotages s’inscrivent dans une tendance nationale alarmante. Selon des données internes relayées par CAMTEL, plus de 1 000 actes de vandalisme ont été recensés en 2024 sur l’ensemble du territoire. Les régions de Douala, Yaoundé, Limbé et Bafoussam figurent parmi les plus touchées.
Cette vulnérabilité chronique a déjà provoqué la colère de l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART), qui a critiqué en février dernier le manque de transparence dans la gestion de ces incidents, ainsi que l’absence de dispositifs de secours rapides.
Les tensions historiques entre CAMTEL et les opérateurs privés comme MTN ou Orange ajoutent une couche de complexité, dans un secteur où la concurrence se double parfois de conflits de gouvernance.
Pourquoi une seule coupure peut tout bloquer
Le réseau fibre de CAMTEL repose sur un maillage linéaire, dans lequel certains points de connexion jouent un rôle central. Lorsqu’un boîtier de sous-répartition est vandalisé, ou lorsqu’un segment de fibre est sectionné :
- La connexion est interrompue sur l’ensemble de la zone desservie ;
- Le signal lumineux ne peut plus circuler sur le câble optique ;
- La réparation nécessite un équipement de fusion, des connecteurs spécialisés et parfois plusieurs jours d’intervention.
Dans le cas de Mfou, les opérations de réparation ont été retardées à plusieurs reprises par des difficultés logistiques et l’inaccessibilité des zones touchées.
Une vulnérabilité préoccupante
Les hypothèses sur les causes de ces actes se multiplient :
- Sabotages internes : plusieurs agents de terrain ont été sanctionnés en 2024 pour des complicités avérées dans des incidents similaires ;
- Vols de matériaux (cuivre, convertisseurs) pour la revente ;
- Représailles locales dans le cadre de conflits communautaires ou commerciaux ;
- Actes coordonnés visant à déstabiliser le service public dans certaines zones sensibles.
Malgré l’ampleur du phénomène, CAMTEL n’a pas encore présenté de plan de sécurisation court terme. Aucune réponse technique systémique n’a été communiquée à ce jour.
Alternatives provisoires et continuité de service
| Solution | Détail |
|---|---|
| Partage de connexion mobile | Via smartphone (hotspot) avec un forfait data MTN/Orange |
| Transfert de ligne | Connexion temporaire dans un cybercafé ou chez un proche |
| Services hors-ligne | Téléchargement préalable, impression en différé, utilisation de clés USB |
| Points relais alternatifs | Déplacement vers les zones couvertes (Yaoundé, Soa, Nkoabang) |
Vers une culture de la résilience numérique
La situation de Mfou rappelle l’urgence d’une stratégie nationale de résilience numérique. Plusieurs leviers sont identifiés par les experts :
- Déploiement de systèmes de surveillance intelligents (capteurs IoT, drones, alertes automatiques) ;
- Mise en place de corridors de redondance pour éviter les coupures totales ;
- Renforcement des peines liées au sabotage d’infrastructure critique ;
- Sensibilisation communautaire et création de cellules locales de protection.
Synthèse
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Nombre d’attaques | Trois (entre le 25 juin et le 14 juillet 2025) |
| Zone affectée | Mfou, Mefou-et-Afamba (Centre) |
| Équipements ciblés | Fibre optique, sous-répartiteurs, boîtiîrs techniques |
| Conséquences | Coupure totale d’Internet, ralentissement économique local |
| Réponse institutionnelle | Mobilisation technique CAMTEL, plainte, appel au civisme |
| Dispositifs de secours | Aucun redéploiement officiel, solutions individuelles limitées |
| Enjeux stratégiques soulevés | Souveraineté numérique, sécurisation des infrastructures, cybersurveillance |
Pour aller plus loin :
- Camtel : Un Voyage à travers l’Histoire des Télécommunications au Cameroun
- Cameroun : Paul Biya dit non à la privatisation de Camtel
- CAMTEL recrute : une opportunité à saisir… mais à quel prix ?
- Camtel : quand le fixe résiste face au mobile
- Camtel engrange 11 milliards FCFA malgré une qualité de service contestée
- Camtel appelle à la protection de la fibre optique au Cameroun
- Fibre Optique : Camtel à la traîne malgré 117 milliards de FCFA d’investissements































































